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samedi 30 novembre 2024

Patrimoine de Caurel en Côtes d'Armor

La fontaine asséchée au Nord du bourg de Caurel

Près du calvaire, la fontaine asséchée
Dans l'article du 20 octobre dernier sur ce blog, je parlais du calvaire visible sur cette photo sur laquelle on observe au premier plan, la fontaine aujourd'hui asséchée. Cette fontaine présente une date sous la croix qui la surmonte: 1856, une date où la population est bien plus importante qu'aujourd'hui dans le pays.

Cette fontaine intrigue au moins autant que le calvaire à proximité. Elle est constituée par un bassin unique dont le fond est équipé d'une grande dalle de schiste percée en son centre. On peut donc penser que son remplissage se faisait par cette "bonde" qui permettait à l'eau de monter dans le bassin jusqu'au "trop plein", un écoulement naturel dans le sens de la pente qui est ici plein Sud, vers le village en contrebas.

Fontaine vue de face  (vers le Nord)



En se plaçant en face, on observe un pignon ouvragé soigneusement maçonné en schiste local. Une partie centrale en granite est plus ouvragée avec niche à Saint (vide aujourd'hui) encadrée par deux cierges sculptés en bas-relief avec leur candélabre ou chandelier. On peut voir le trou dans la dalle du fond à peine humide. Des sources existent encore à ce niveau du relief (sous la voie express ancienne N164) mais décalées vers l'ouest.

Partie terminale hétérogène avec date

 



La partie terminale du pignon orné est composée par un ancien chapiteau de colonne en granite à grain fin, très ouvragé avec quatre têtes sculptées dont la finesse contraste fortement avec les sculptures du calvaire à proximité qui elles, sont faites dans une roche à grain grossier, inadaptée à ce genre de sculpture.

Ce chapiteau orné est fixé au ciment sur une base triangulaire également en granite et il est surmonté par une croix également fixée par un mortier de ciment, pour finir l'ensemble. Cette croix est dans une roche orientée à minéraux ferromagnésiens (nature pétrographique à déterminer). Etrange composition hétérogène pour une fontaine qui n'a pas d'eau, près d'un calvaire tout aussi énigmatique... Enquête en cours....

mercredi 20 novembre 2024

 propos des ponts en dalles de granite...

Réflexions sur les ponts comme celui de Saint Roc'h en Plounevez-Quintin

Dans l'article publié le 21 septembre 2017 sur ce blog , la difficulté de dater ce type d'ouvrage est évoquée et en effet, la datation reste à faire.

Pont de Saint Roc'h sur le Blavet
Dans le cas du Pont de Saint Roc'h qui se trouve sur le Blavet, en amont de la chapelle et de la fontaine du même nom, le promeneur se rend bien compte qu'il s'agit d'un ouvrage plus élaboré que les simples passerelles à piéton que l'on trouve dans le pays (sous Toul Goulic, un peu plus en amont, ou dans la vallée de Pont Croix entre Plouguernevel et Rostrenen). Ici, le pont présente une pile centrale à "rostre" en V, pointe face au courant ainsi qu'une culée sur chaque rive et maçonnée en gros moéllons de granite. Il possède deux travées à large dalle de granite, unique et formant le tablier dont la largeur dépasse le mètre permettant le passage de charettes étroites ou de bêtes de somme bâtées. 
Pont St Roc'h à pile centrale maçonnée. PJ


Ce pont est peu éloigné de la chapelle Saint Roc'h et de la fontaine, un lieu de culte et de passage qui pourrait  bien devoir sa construction à cette période bien plus tardive que supposée pour ce type de pont (XVI-XVIIe).

Si nous comparons avec des structures similaires au Royaume Uni, nous voyons des ponts en dalles de pierre dans les Landes du Devon (Dartmoor, Exmoor) et d'autres secteurs comme Snowdonia et Anglesey. Ces ponts sont nommés "clapper bridge", la plupart érigés au Moyen-âge, comme le pont de Postbridge dans le Dartmoor.

Postbridge clapper sur la East Dart. Dartmoor
Ce pont possède des dalles de plus de 4m de longueur et 2m de largeur. Elles font plus de huit tonnes et un chariot ou une charette peut le traverser. Il est daté autour de 1380 et aurait été construit pour le transport de l'étain du Dartmoor à la ville de Tavistock.(blog: visitdartmoor.co.uk)

En France, dans le Massif Central, des ponts en dalles de pierre sont nommés "Pont planche". Ils sont destinés à faciliter le déplacement des habitants dans une zone très riche en ruisseaux et sources.
Sur le plateau de Millevaches: pont planche étroit

C'est le cas sur le plateau de Millevaches. Ces ponts ont une dimension patrimoniale et expliquent la fréquence de toponymes évoquant ces structures. Mais là encore la datation n'est pas certaine.Cette quatrième vue montre le pont planche de La Valette sur la commune de Saint-Marc-à-Frongier sur le plateau de Millevaches. Sur ce secteur du Limousin, on peut constater également la position fréquente des ponts planches sur des itinéraires liés à la présence de moulins sur cours d'eau. Si aucune date n'est avancée, celle de la mise en place des moulins est souvent prise en compte.

Sources: Mathilde Giovani "Détours en Limousin".
Blog visitdartmoor.co.uk


lundi 18 novembre 2024

Poème

Adalek Lann Avel   (depuis la lande du vent)

Voile de brume

Trop bien couvrant

Prends garde au rhume

Avec ce temps


Sais-tu le vent?

Le vent s'est tu

"Lann" au néant

"Avel" n"est plus!


Si je m'agite

Aux sons des mots

J'évite et vite

D'en dire trop!


Un réquiem

Aux landes ici

Sous lune blême

Mélancolie...


Rêver un peu

Et parler moins

Ambre des yeux

Je me souviens...


Au grand silence 

De la vallée 

Une présence

S'est imposée


La voix connue

Passe dans l'air

Tempo tendu

Vers la lumière...









 

samedi 9 novembre 2024

Chapelle et cimetière de Rosquelfen en Bon-Repos-sur-Blavet (22)

En allant de la chapelle et son enclos paroissial le jour de la Toussaint 2024, à la voie romaine...

Rosquelfen, chapelle et cimetière, Toussaint 2024
Sous la grisaille bien installée dans cette période de la Toussaint, la tradition du fleurissement des tombes apporte les couleurs qui attirent le regard.
Ce fleurissement témoigne aussi de la place des morts dans la mémoire des vivants. Â Rosquelfen, les tombes sont restées autour de la chapelle qui était une église avant 1801 et se trouvent donc au centre du village comme c'était partout le cas autrefois (approximativement avant la dernière guerre dans de nombreuses communes).
L'enclos le 10 novembre sous éclaircie



Vallées du Liscuis et du Blavet vues de la voie romaine, 
Novembre 2024

Le passant qui vient de Gouarec, après avoir vu le cimetière et la chapelle, se retrouve en prenant la petite route qui monte (la seule à monter vers le Sud à partir du rond-point) sur la voie romaine. En regardant vers le Sud, il voit les vallées du Liscuis et du Blavet ainsi qu'à l'arrière plan, la forêt de Quénécan. Â l'horizon, la brume estompe les formes et amplifie la perspective...

 Liscuis face au Bonnet Rouge. Nov 2024
La vallée du Liscuis abrite des vestiges importants de moulins (3 successifs dont un a été démonté pour la construction d'une maison actuelle au Poteau en Laniscat) et les traces encore visibles des aménagements hydrauliques sur une bonne partie de la longueur de son lit: biefs à dérivations, barrages pour réserves d'eau en amont des moulins, chaussée du Lenn, limite d'une ancienne pècherie située entre le Very et la voie romaine. La profondeur de la vallée révèle la capacité de ce ruisseau, affluent rive gauche du Blavet et pourtant assez court (il prend sa source vers Porhchoh et Poulficher), qui a néanmoins creusé un lit vif de type montagnard dans les schistes du dévonien,        

d'où son nom de "Liscuis" du breton "diskuiz", le sans fatigue,  un ruisseau qui ne tarit jamais!

mardi 5 novembre 2024

 propos de la carte blanche du 27 octobre dernier aux Forges des Salles, Sainte Brigitte (56) et Perret (22)

Une histoire de fer, de bois, et d'eau à Sainte Brigitte et Perret le 27 octobre.

Avant la conférence, dans les bâtiments du
haut-fourneau: domaine des Forges des Salles
 La matinée de cette journée spéciale "fer" avait été consacrée à la visite de l'ensemble du site concerné par la réduction indirecte du minerai de fer en haut-fourneau, une aventure industrielle lancée par Henri II de Rohan à partir de 1622-1623 et en utilisant la force hydraulique donnée par l'étang du Fourneau, le deuxième sur le ruisseau de Pont Lann qui alimente les étangs avant de rejoindre le Blavet. La visite se poursuivait donc par le site central de Guénault où se trouve la résidence du maître des Forges et aujourd'hui des propriétaires du lieu et de Quénécan, la famille du Pontavice. L'arrivée par l'Ouest sur le site permettait de voir l'emprise de l'ancien étang de Guénault bouché en 1860, apparemment pour raisons sanitaires. De cet endroit, en longeant la route qui va à Bon-Repos, il fallait faire le tour de l'étang de la Forge Neuve, un quatrième étang qui permettait d'alimenter les roues d'une forge construite par le comte de Janzé en 1815 et devenu moulin à tan en 1847 (le dispositif ou "boccard à peigne"qui servait à hacher les écorces de chêne pour produire le tanin est encore visible sur place). Louis Henri de Janzé avait acheté Quénécan ainsi que les Forges des Salles et celles de Lanouée au duc de Rohan, en 1802.

Début de la conférence ouverte par Anne,
Présidente des Cartes blanches
.Mais pour la conférence, sous les "batailles" du haut fourneau et pièce attenante, il fallait être chaudement vêtu car il faisait froid et surtout humide. Les personnes présentes (une centaine) ont sans doute trouvé le sujet suffisamment intéressant pour rester deux heures dans cet endroit unique mais réfrigérant!

 partir d’une compilation d’archives et publications sur le thème du fer dans le secteur du massif forestier de Quénécan, une chronologie du traitement de ce métal a été réalisée : de la réduction directe en bas-fourneaux depuis le début de l’âge du fer jusqu’aux méthodes indirectes pratiquées à partir du XVIIe dans les hauts-fourneaux.

L’âge du fer pour les archéologues va de -800 avant notre ère (Hallstatt) à -50 (occupation romaine. Début de la Tène: -450 avant notre ère).

Faute d’une découverte encore à faire de bas-fourneaux gaulois dans Quénécan, les éléments qui confirment la présence gauloise et la probable exploitation du fer affleurant dans ce secteur ont été listés : voies antiques, enclos de Castel Finans, tumulus de Silfiac et découverte d’armes et outils de l’âge du fer dans ce secteur, stèle de Perret christianisée, vestiges d’exploitation du filon minéralisé (plomb, argent) de Plélauff, et surtout scories ferrugineuses de l’âge du fer à la Lande de Gouarec et sur Kerauter, analysées par le BRGM.

Scorie gauloise de l'âge du fer. Musée de Gourin
Tronjoly. Teneur en fer >50%
Si la découverte de scories gauloises est si difficile dans ce secteur, c'est du fait de la poursuite de l'exploitation du fer aux mêmes endroits, d'abord au Moyen-âge (1440 au Gouvello) puis avec les hauts fourneaux à partir du XVIIe siècle et pour ceux-ci, les scories gauloises sont un minerai très riche!

Le fer aura donc marqué durablement ce pays boisé dont la forêt doit sa survie autant à la géologie locale, les reliefs de grès armoricain et la tectonique issue de l'orogène hercynien, que des plans de gestion du massif forestier qui vont être appliqués ici et notamment par de Janzé. Mais c'est aussi l'usage du bois par le charbon de bois qui va condamner cette ancienne forge avec une position géographique également défavorable par rapport à l'évolution des sites sidérurgiques en fin de XIXe siècle. Ce passé autour du fer sera à l'origine d'un terroir  limité à la zone forestière mais unique dans les confins du pays vannetais et de la haute     Cornouaille, caractérisé par une tenue vestimentaire héritée du pays Fañch (nord du Blavet) et par une danse en ronde fermée (koste 'r c'hoed) qui illustre le caractère spécifique des ruraux de ce pays, saisonniers quasi-permanents des Forges. Si les modes vestimentaires ont disparu, la danse est encore là, l'eau, le bois et le fer aussi!

NB: bibliographie abondante sur le fer et les Forges dont André Le Coroller, Jean-Yves Andrieux, Jean Guigues(BRGM), Nolwenn Zaour, G.Dalstein, F. Hamelin...

 


vendredi 1 novembre 2024

Poème

Samain (Samonios)

Guerlédan hiver 2023.PJ
Les couleurs se dispersent

Aux chemins de traverses

Où mes pas me conduisent 

Sous un brouillard épais

Tous les arbres savaient

Cette ombre à l'offensive 


C'est le temps de Samain

L'alternance sans fin

Des jours sombres et gris

Ces longs mois qui reviennent

Les coutumes anciennes

Vallée du Daoulas, hiver 2023.PJ
Les tombes que l'on fleurit


L'automne est encore là

Qui dépouille les bois

Et abrège les jours

Je sais dans la maison

La douceur des tisons

Et les braises toujours   


Celles des coeurs battants

D'insatiables amants

Que la nuit indiffère

Dès Samain revenu

C'est l'Imbolc attendu

Des printemps de lumière!