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mardi 15 janvier 2019

Patrimoine de Rostrenen en Côtes d'Armor

 propos de Notre Dame du Roncier et le vol de sa couronne avant Noël 2018

Le journal Ouest-France du 10 janvier 2019 révèle un évènement qui a suscité un vif émoi chez les paroissiens mais aussi chez les connaisseurs ou simplement attachés au patrimoine de la ville, et qui concerne le vol avant Noël de la couronne de la vierge Notre Dame du Roncier dont le buste est situé dans le transept gauche de la collégiale de Rostrenen.
L'article révèle à propos de la couronne qu'il s'agit d'une oeuvre d'un joaillier de Saint Brieuc (l'orfèvrerie Desury (et non Destry) commandée  par Hubert Bouché, banquier Pontivyen et frère de Mgr Bouché, évêque de St Brieuc et Tréguier de 1882 à 1888. Le couronnement de ce buste qui aurait été découvert  selon la légende au XIIIe siècle, a été effectué le 2 juillet 1900 à Rostrenen. Il s'agit de la neuvième vierge couronnée de Bretagne. Et l'auteur de poursuivre sur la couronne: "véritable chef-d'oeuvre, composée d'un bandeau, de huit branches et d'une croix, mêlant topazes, saphirs, hermines, écus en émaux, de l'or et de l'argent vieilli, ainsi que des rubis et une aigue-marine".L'article se termine par une précision importante: la couronne volée est un fac-similé et la véritable couronne est conservée en lieu sûr! Cette copie aurait donc trompé le voleur sans doute d'une ignorance abyssale sur la valeur d'un tel objet et le risque que représente pour lui la moindre tentative d'écoulement sur le marché de l'art.

Un passage sur le site de l'orfèvrerie Desury à Saint Brieuc (Desury Net, orfèvrerie Desury à Saint Brieuc depuis 1781. Copyright Xavier Desury 1998-2019) donne des indications intéressantes sur la véritable couronne et sa réalisation en 1900. On apprend que la couronne véritable est en vermeil (argent doré par procédé electrolytique), que les pierres serties sont de même nature et le terme "semi-précieuses" est utilisé pour les qualifier avec l'aveu de l'auteur sur sa non qualité d'expert dans ce domaine, ce qui relativise les termes employés. Il se trouve qu'en gemmologie les termes sont très importants et ont un sens très précis. Par exemple l'appellation de "pierres précieuses" ne concerne que quatre minéraux qui sont le diamant, l'émeraude, le rubis et le saphir (normes internationales CIBJO). Si les pierres étaient semi-précieuses, aucune de celles citées précédemment ne figurerait dans cette pièce d'orfèvrerie. Dans les pierres de couleur rouge comme dans le bleu, il peut y avoir plusieurs minéraux comme le grenat spessartine pour le rouge, ou le spinelle... Mais plus intéressantes sont les observations faites en mars 2016 sur cette couronne et qui conduisent à un doute sur le véritable auteur de l'oeuvre.
Photo Xavier Desury 2016
En effet, sur cette réalisation d'Hyppolyte Marie Desury orfèvre (1862-1904), l'auteur fait remarquer l'absence de poinçon losangique d'orfèvre, ce qui constitue selon lui une première anomalie. Ensuite il évoque deux poinçons à la base du bandeau dont un qui est "Desury H.. Saint Brieuc" puis un deuxième poinçon qui est celui d'argent massif (une tête de Minerve casquée dans un octogonal avec le chiffre 1 qui correspond au titre d'argent ou sa teneur dans le métal: 950/1000). Sous le menton de Minerve figure la marque du bureau de garantie provincial ayant contrôlé l'objet et il se trouve qu'il s'agit du signe de Lyon, ce qui laisse supposer que cette couronne a été réalisée à Lyon (sur commande de l'orfèvrerie Desury? sur ses plans?) Ce poinçon soulève donc un doute sur le circuit de réalisation de cette oeuvre exceptionnelle. La photo montre une pierre taillée plus importante sur le bandeau et à l'aplomb du blason de Rostrenen (4 blasons sur la couronne) qui présente la couleur d'une améthyste, une pierre que l'on retrouve sur les bagues épiscopales.
Reste une inconnue: en quoi était réalisé le fac-similé et quel coût pour en faire un? On peut imaginer que les pierres serties étaient en verre coloré et donc sans valeur, de quoi désappointer le voleur....

jeudi 10 janvier 2019

Poème

Orage hivernal

La flamme en ton regard d'un orage naissant
Sur ce visage alors vivant
Allume l'incendie flamboyant des couleurs
Ta mémoire fait le deuil d'une infinie douceur
Dont le coeur et les yeux ont gardé la fraîcheur

Hiver breton
Jours sans saveur, sons étouffés
D'un temps d'hiver et désolé
Font la saison transie, sans parfum ni lumière
Aux douloureux moments où fermant les paupières
Les rêves disparaissent dans le froid de la terre

Les jours s'en vont, les semaines, les saisons
Et tu aspires encore à d'autres horizons
Le présent hivernal impose sa patience
L'aube reste au futur et le jour en silence
Le temps n'efface pas les souvenirs d'enfance

Cet orage passager, apanage du vivant,
Vive expression des sentiments,
N'illumine déjà plus le présent qui s'abîme
Dans la morne saison endormie sous la bruine
D'un hiver sublimant le silence des ruines.

samedi 5 janvier 2019

Patrimoine de Rostrenen en Côtes d'Armor

Bonne année 2019 à tous les visiteurs du site.

Element incontournable du patrimoine rostrenois, la fabrique de meubles Branthome

Le fondateur de cette fabrique est Charles Branthome (1847-1880) qui va produire de nombreux meubles  facilement identifiables par les motifs de marquetterie bicolore et la plaque métallique apposée en façade: armoires, bancs et lits-clos ainsi que vaisseliers que l'on trouvera non seulement dans le pays Fisel mais en Pourlet et Fanch, finalement dans tout le centre Bretagne. Après le décès de Charles en 1880, sa veuve va poursuivre son oeuvre et c'est Valentin (1865-1926) qui prendra la suite de sa mère en 1899.
Dans ses meubles, Valentin Branthome associe les fuseaux typiquement cornouaillais à la marquetterie qui domine dans l'ancien pays de Vannes qui englobait avant la Révolution, Mellionnec, Plélauff et Perret (Pourlet, koste 'r c'hoed...)
L'armoire en illustration, réalisée par la fabrique de Valentin Branthome autour de 1920 se trouve aujourd'hui au Musée des Beaux-Arts de Rennes et représente le style régional abouti  mais aussi exceptionnel développé par cette fabrique rostrenoise.


Beaucoup plus fréquente et de la même période (1920), cette armoire représente le meuble le plus répandu dans la campagne non seulement rostrenoise mais centre bretonne. Réalisée en chêne, son poids est très élevé et les motifs décoratifs (végétaux) sont particulièrement développés en façade. Ces meubles actuellement un peu tombés dans l'oubli sont pourtant encore recherchés par quelques collectionneurs ou amateurs d'authentiques meubles locaux. De nombreuses armoires de cette époque finissent aujourd'hui sous la hache et dans les cheminées. Mais cette armoire Branthome est encore côtée pour son esthétique et son origine typiquement rostrenoise. Ces meubles qui ne sont plus fabriqués aujourd'hui font partie du patrimoine rural du kreiz Breiz et racontent aussi une histoire, celle de nos grands parents.

samedi 29 décembre 2018

2018, les 7 ans du blog

avril 2011 à décembre 2018: le blog a 7 ans et 8 mois.

Merci aux internautes qui ont suivi ce blog depuis avril 2011. Le compteur marque 95000 visites en 7 ans, ce qui fait en moyenne, 1326 par mois et 44 par jour, un chiffre modeste mais qui m'étonne car l' adresse (rosquelfen-pj) suppose de connaître le pays ou d'être bien informé! Durant cette période, des échanges et recherches ont enrichi certains articles et aujourd'hui, deux publications sont engagées sur des thèmes différents: dans la rubrique Patrimoine, l'histoire de la chapelle de Rosquelfen et de sa restauration presque achevée lorsque le porche et le berceau intérieur de la voûte auront été terminés, et dans la rubrique "Poèmes" un choix réalisé dans les 190 poèmes, la rubrique la plus regardée du blog, ce qui n'est pas sans m'étonner!Un recueil de poèmes sortira courant 2019. Pour les échanges avec les internautes, j'ai toujours accepté les remarques constructives et exclu les destructives qui heureusement sont rares et dénotent surtout une absence de sérénité. "Horas non numero nisi serena" :"Les heures ne comptent pas si elles ne sont pas sereines" dit un cadran solaire antique dans "Thérapie existentielle" de Irvin Yalom.
Alors excellente fin d'année  et bonne nouvelle année 2019 à tous.

mardi 18 décembre 2018

Poème

Le parleur de Décembre

Mon regard un instant se pose
Sur sa silhouette gracile
Arpentant les rues de la ville
Sous le crachin d'un ciel morose

Son visage m'apparaît soudain
Dans sa fermeture silencieuse
Les heures sont parfois malheureuses
Dans la fraîcheur de ce matin

Et bientôt l'atmosphère inquiète
Dans cette rue qui se remplit
De ces clameurs et tout ce bruit
La colère n'est jamais discrète!

Voici le temps déraisonnable
Où le parleur ici soudain
Ravive de Panard le quatrain
En renversant toutes les tables:

"De l'esprit faut-il qu'on décide
Sur le bruit d'un parleur sans fin?
Ne sait-on pas qu'un tonneau vide
Résonne mieux qu'un tonneau plein?"

Quartier blessé, brûlé, meurtri
Au soir tombant coulent des larmes
Après le temps bruyant des armes
Le parleur s'esquive dans la nuit.

mardi 11 décembre 2018

Réflexions sur notre temps

Vers Noël 2018, reflet de notre temps

Quel message est véhiculé aujourd'hui en fin d'année 2018 par la situation du pays? Lorsque les écluses de la violence sont ouvertes, nul ne sait quand et comment elles pourront se refermer. Alors, sur les trottoirs de Paris, un chant me revient en mémoire qui parle de guerre dans laquelle nous ne sommes pas encore, mais qui prend aujourd'hui un écho tout particulier et que je conseille aux lecteurs de ce blog: Katé-Mé/La rue des lilas (youtube).

jeudi 6 décembre 2018

Entre Histoire et sculpture

Le tombeau des enfants d'Anne de Bretagne: Charles-Orland de France et Charles de France en la cathédrale Saint Gatien de Tours.


A la croisée du transept Sud de la cathédrale de Tours, il est possible d'admirer aujourd'hui le tombeau des deux enfants de la Duchesse et Reine de France,Anne de Bretagne: Charles-Orland mort à trois ans d'une rougeole et son frère Charles de France qui ne vivra que 26 jours. Ces deux enfants "mâles" et donc héritiers de la couronne de France, sont deux des enfants nés du mariage de la Duchesse Anne (née à Nantes en 1477 et décédée à Blois en janvier 1514 à 38 ans) avec le Roi de France Charles VIII. Ce roi va mourir plutôt brutalement en 1498 à Amboise à la suite d'un heurt de la tête contre un linteau de porte.
Les gisants visibles à la partie supérieure du monument correspondent à une tradition de sculpture française de la fin XVe siècle et ont été exécutés dans
 l'atelier de Michel Colombe. La cuve est une oeuvre italienne de Jérôme de Fiseole, ramené par Charles VIII de sa campagne d'Italie.

La décoration de cette oeuvre est tout-à-fait novatrice en France et d'une qualité équivalente aux plus belles créations italiennes de la même époque. Ce tombeau en marbre de Carrare a été placé en 1506, selon la tradition française, isolé, à la croisée du transept de la basilique Saint Martin de Tours. Il a été épargné à la Révolution du fait de sa grande beauté (V.Droguet et M-T Reau). Il est transféré en 1834 dans la cathédrale Saint Gatien où il se trouve encore.
NB: de l'ancienne basilique Saint Martin de Tours, il ne reste plus aujourd'hui que deux grandes tours dont l'une dite "Charlemagne" fait l'objet de visites guidées.

En regardant la biographie d'Anne de Bretagne, on constate souvent la mention de six enfants nés des deux mariages successifs. En réalité, on trouve aussi le nombre de 13 accouchements pour cette Reine que l'on peut qualifier de féconde; 5 naissances au temps de Charles VIII et 8 avec Louis XII, dont deux filles qui survivront: Claude de France née en 1499, qui deviendra Reine en épousant François premier et Renée de France, née en 1510.

Sources:"Décor et mobiliers des édifices religieux et publics" par Vincent Droguet et Marie-Thérèse Reau. Inventaire général des Monuments et richesses artistiques de la France. Cahiers du Patrimoine n°30.Orléans AREP.Centre 1993.

mercredi 28 novembre 2018

Poème

Maison au clair de lune

La maison solitaire
Dans son jardin l'hiver
Sous la clarté lunaire
Se confond aux rochers
Photo du 20-03-2018
En nuances bleutées
Des ardoises mouillées

 Son sommeil est profond
Son âtre sans tisons
Le présent se morfond
Elle s'endort porte close
Sur ses murs plus de roses
La maison se repose...

Et l'absence de vie
D'un présent déconfit
Sous la lune qui luit
Ne dit rien de ce temps
Des souvenirs d'antan
D'un éternel printemps

Je repense aux matins
Aux suaves parfums
Des roses du jardin
A ces rires et ces larmes
Qui parfois me désarment,
Aux instants qui me charment

Sans regrets ni rancune
Sous le beau clair de lune
Entre ajoncs et callune
Je m'éloigne sans bruit
De la maison transie
De silence et d'oubli.

dimanche 25 novembre 2018

Patrimoine de Saint Aignan, Morbihan

Entre Saint Aignan et la chapelle Sainte Tréphine, sur le chemin rive droite du Blavet, sous puis au-dessus du barrage de Guerlédan (Morbihan), une promenade dans un lieu unique et imprégné de légendes, à faire sans hésiter...

Lorsque l'on sort de Saint Aignan en allant vers le barrage de Guerlédan, on grimpe assez rapidement sous le couvert forestier de Quénécan et on découvre à mi-pente, cette fontaine qu'un ancien texte (1891) de J-M Le Mené, décrit comme la fontaine de Ste Triphine et St Trémeur, objet d'une dévotion qui se manifestait par d'importantes processions (il signale jusqu'à 2000 personnes à cette époque, fin XIXe). Mais aujourd'hui, cette fontaine qui n'est donc pas très ancienne dispose d'une statue dans sa "niche" ornée qui ne correspond ni à Triphine (aujourd'hui Tréphine), ni à son fils Trémeur. Il s'agirait plutôt ici  d'un Saint comme Saint Aignan, le patron de la paroisse. En 1897, la petite chapelle de Sainte Tréphine est érigée sur la hauteur qui domine le barrage et que l'on nomme Castel Finañs, une ancienne place forte Carolingienne décrite par de Keranflec'h, l'archéologue du XIXe qui a également fouillé Castel Cran, un fortin de même époque à la confluence du Blavet et du Pouldu en allant vers Gouarec et proche de l'écluse de Saint Hervé.
Cet endroit de Castel Finañs correspond aussi à une zone
d'affleurement des grès-quartzites (de l'Ordovicien), dits armoricains, une roche grise particulièrement dure et siliceuse qui a été exploitée en carrière pour réaliser le barrage de Guerlédan à partir de 1924. Le site a donc été fortement modifié au début XXe comme sur la rive gauche, le site de Trévéjean où la même roche était extraite. L'emplacement de Castel Finañs présente quelques similitudes avec la butte de Castennec, plus au Sud, et permet de contrôler ce "verrou" sur le Blavet que représente cette gorge escarpée. Ces structures militaires du IXe siècle sont devenues dans l'imaginaire collectif, les ancrages de récits légendaires qui impliquent de célèbres personnages comme Conomor, Tréphine et son fils Trémeur, Saint Gildas..., et cette légende va se développer jusque Carhaix (avec son église Saint Trémeur), en passant par Sainte Tréphine et son célèbre lec'h en granite cannelé, commune des Côtes d'Armor entre Gouarec et St Nicolas du Pélem.
NB: voir infobretagne, patrimoine de Saint Aignan.

dimanche 18 novembre 2018

Le Bel Automne à Correc en Saint Gelven, Bon Repos sur Blavet, Côtes d'Armor

Parler couleurs, terres et pierres au manoir de Correc, Bon Repos sur Blavet (22)...

Correc, logis principal le 18 novembre 2018
Quel meilleur endroit pour parler des couleurs et des matériaux naturels utilisés pour sa construction, que le manoir de Correc? Le 18 novembre, par une journée ensoleillée (mais froide!), plus de 50 personnes étaient présentes sur le site pour la visite du manoir et la causerie sur les couleurs. Un précédent article du 20 novembre 2017, il y a donc exactement un an, retraçait l'historique de ce fief dont on retrouve les traces dès le XIIIe siècle avec le mariage d'Alain VI de Rohan et Isabeau, Dame de Correc (voir l'article en question sur ce blog avec mention du blason "écartelé" des seigneurs de Correc sur l'église de Saint Ygeaux). Ici le bâtiment est en partie du XVIe et XVIIe siècle, modifié en 1662 et 1667. Son entrée particulièrement soignée est du début XVIe. Cette intervention sur Correc, malheureusement trop courte a généré l'envie de renouveler le thème en prenant cette fois plus de temps pour admirer la polychromie de cette façade avec son originalité exceptionnelle par l'absence de pignons droits (les côtés du logis principal sont courbes). Les matériaux utilisés dans cette façade illustrent également la diversité et la complexité de l'histoire géologique du pays. On retrouve en effet des schistes clairs du Briovérien associés aux schistes mordorés du Liscuis, schistes également ferrugineux de Laniscat, granite de St Nicolas du Pélem, granodiorite de Plélauff, enpierrement de quartz laiteux coloré par les hydroxydes de fer de la cour intérieure etc... Saluons donc cette belle initiative de l'Office de Tourisme du Kreiz Breizh et les propriétaires de Correc (famille du Peyroux)pour la sauvegarde de ce joyau du patrimoine local.

lundi 12 novembre 2018

Méditation philosophique

Forum de philosophie du Monde au Mans du 9 au 11 novembre 2018

Pour son trentième forum de philosophie dans la ville du Mans, le journal Le Monde intitulait le thème abordé: "Tous philosophes?" et invitait pour en débattre, une quinzaine de philosophes dont également un sociologue et une sinologue. Je retiendrai en particulier de ces trois jours, les interventions d'André Comte-Sponville et de Raphaël Enthoven, interventions particulièrement percutantes. Pour Comte-Sponville, on ne naît pas philosophe, on le devient en développant sa propre pensée à la lecture des grands philosophes du passé et en ce sens, la philosophie est  un travail et un combat, ce qui la distingue de la sagesse qui est une paix et un repos. Et je me souviens d'un passage sur "Le bonheur désespérément" dans lequel il disait aussi: "Croire un peu moins et connaître un peu plus, espérer un peu moins et agir un peu plus, et dans l'ordre affectif ou spirituel, espérer un peu moins et aimer un peu plus." Raphël Enthoven (philosophie sur ARTE) pose la question: qui n'est pas philosophe? Qui ne sait pas qu'il va mourir? Qui ne sait qu'il est né par hasard dans un monde qui s'en moque totalement? Pourtant, c'est souvent le déni qui répond au désarroi. D'autres préfèrent la vérité qui dérange à l'illusion qui réconforte et consentent à l'âpreté du monde, choisissant de l'aimer malgré lui.
Un consensus se dégage sur le fait que les temps actuels sont particulièrement inquiétants: pertes des repères, absences de perspectives, repli dans tous les domaines, montée du populisme, refus du dialogue, exaspération et verbe outrancier et très souvent excessif (il suffit de voir la prolifération des pages délirantes sur internet et y compris par des auteurs qui s'imaginent objectifs!).Il y a bien une différence entre polémistes et philosophes!
Face à ce monde contemporain anxiogène, sagesse et philosophie deviennent essentielles et plus nécessaires qu'il n'y paraît!

mercredi 7 novembre 2018

Paléontologie à Guerlédan

A propos des traces fossilisées de bilobites dans les grès de l'Ordovicien du fond du lac de Guerlédan, Côtes d'Armor.
Un article rédigé sur ce blog le 1 février 2016, parlait d'un bloc de grès armoricain découvert à l'occasion de l'assèchement du lac de Guerlédan en 2015, sur lequel on pouvait voir distinctement une trace de déplacement attribuée à un arthropode de l'Ordovicien et dénommée: "bilobite" ou Cruziana. Les experts, pour ce type de traces fossilifères, parlent d'ichnofossiles. Alors comment à partir de ce tracé assez long, déterminer l'animal qui en est l'auteur?
Cruziana sur grès armoricain de l'Ordovicien
Et bien c'est toute la difficulté comme les chercheurs le soulignent. C'est le cas d'Olivier Dequincey (23/05/2016) ENS/Lyon DGESCO, qui donne l'exemple des falaises de Moher en Irlande où des ichnofossiles comparables et dans des grès du Carbonifère ont été attribués à un gastéropode et non à un arthropode (donc à un animal du type escargot et non Trilobite). En regardant et en comparant de très près les formes "irlandaises" et le grès de St Gelven, on s'aperçoit que quelques différences apparaissent comme la morphologie des limites de traces et une section également plus aplatie chez l'ichnofossile irlandais. Ici, on aurait donc une véritable contre-empreinte de traces en creux qui donnent deux demi cylindres très réguliers. Le sédiment marin dans lequel se déplaçait le Trilobite était particulièrement fin et homogène.Mais aucun animal n'est présent à une extrémité de ces traces! Pour rencontrer des Trilobites fossilisés, il faut déjà être dans un sédiment du genre métapélite fine, un milieu sans doute plus réducteur. On va donc rencontrer les Trilobites dans les schistes et ceci jusqu'au Permien, c'est à dire jusque la grande crise Permo-Triasique (250Ma) au cours de laquelle se déroule la plus grande extinction d'espèces vivantes de l'histoire de la planète, dont nos Trilobites.
Parabarrandia sp
Les Trilobites sont classés en plus de 150 familles, 2500 genres et près de 20000 espèces! Il est donc tout-à-fait impossible de faire une attribution quelconque de ces formes à un animal précis. Il n'est pas interdit malgré tout de faire des hypothèses à partir de données concrètes comme le diamètre des traces moulées en surface de la roche. En effet, la  forme des bilobites donne une indication sur  la morphologie de l'animal (taille des endo et exopodites) et donc sur sa taille, car en effet l'animal qui a effectué cet itinéraire sinueux devait faire une taille conséquente, un peu comme celui photographié ici: le Parabarrandia du Llandeilien (-460Ma) qui atteignait les 20cm de longueur.Certains Trilobites pouvaient atteindre les 70cm de longueur! En Bretagne, les espèces décrites sont nombreuses (mais inférieures à 10cm la plupart du temps) à partir de l'Ordovicien supérieur, dans le Silurien et le Dévonien, étages du Paléozoïque. Citons quelques unes comme Neseuretus tristani (Llanvirn sup: -470Ma),le Kerfornella brevicaudata (Llandeilien: -460Ma), ou encore Ectillaenus giganteus du même Llandeilien moyen.
NB: ce bloc de grès d'environ 70cm dans sa grande longueur est visible  sur Saint Gelven (information en mairie). Voir aussi: paléontologie du Primaire au Museum d'Histoire Naturelle de Paris.

mercredi 31 octobre 2018

Poème

Transitions épineuses...

Au hasard des visions d'automnales merveilles,
Automne 2017
Comme un éclair soudain sur un coeur foudroyé
Où le miroir du temps, par instants oublié
Ravive cette image d'un éternel soleil,
Le parfum me revient de ces roses vermeilles...

Je me vois découvrir les secrets d'un jardin
Où de grands oiseaux noirs s'agitent sur les chênes
Dans mon rêve j'entends le murmure des fontaines
Une harmonie naissante en lumineux matins
Et mon âme s'enivre aux suaves parfums

Je sais des roses anciennes qu'un soleil illumine
Vallée du Blavet sous Rosquelfen: 10/2016
Dans un château figé sous le manteau du temps
Que reste-t-il à vivre et combien de printemps
Pour aimer à loisir, au parement des ruines,
Les couleurs de la vie qui toujours se devinent?

Inexorablement se vide le sablier
Au jardin déserté, habillé de silence
Aucun retour possible aux verdeurs de l'enfance
Me dit le vent d'automne dans son souffle léger,
Et les houx aux fruits rouges triomphent du rosier.

mardi 23 octobre 2018

Automne en Kreiz Breizh

21/10: Le Bel Automne.M.Sibéril
Un automne atypique en Centre Bretagne
Cette année tout le monde aura remarqué le temps bizarre et particulièrement sec de 2018. Il suffit de se promener sur les rives de Guerlédan pour s'apercevoir que le lac a perdu près d'un tiers de sa réserve et si l'anticyclone reste aussi puissant (du jamais vu depuis qu'un baromètre est en fonction dans la maison de Rosquelfen, une fin d'octobre), la sécheresse risque bien de perdurer. Néanmoins, il suffit d'une grosse pluie pour réactiver le réseau souterrain (mycelium) des champignons et produire (dans un délai très court)une quantité de champignons dont la famille des bolets, particulièrement bien représentée dans les bois à composition mixte (comme hêtres et chênes, ou châtaigniers, hêtres, bouleaux et chênes). Un exemple de ce que l'on peut trouver dans les bois du pays en ce moment et  en bolets...
Sortie du 21/10: le Bel Automne. M.Sibéril
21/10: Le Bel Automne. M.Sibéril
21/10: Le Bel Automne.M.Sibéril
21/10: Le Bel Automne. M.Sibéril
21/10: Le Bel Automne.M.Sibéril
NB: cliquer sur les photos pour les agrandir. Les champignons présentés correspondent à une partie seulement des nombreuses espèces de champignons que l'on peut rencontrer en sous bois dans le pays. Sortie mycologique organisée dans le cadre des animations "Le Bel Automne" de  l'OTKB avec Michel Sibéril, animateur nature et connaisseur de ces végétaux.

mercredi 17 octobre 2018

Patrimoine rural de Bon Repos sur Blavet: le calvaire de Keriolet

Achèvement de la restauration du calvaire de Kériolet en Laniscat: Bon Repos sur Blavet (22570)


C'est dans le brouillard de la matinée du 16 août que débute la mise en place de la partie sculptée du calvaire par l'entreprise "La Pierre à l'oeuvre"✷ du Morbihan avec l'aide des bénévoles de l'association de Kériolet (voir les articles précédents à ce sujet dans la rubrique "patrimoine" du blog).



La hampe ou fût de la croix, octogonale, a été reconstituée à partir des deux morceaux récupérés au pied de l'ancien emplacement du calvaire (pièce brisée en deux morceaux dans sa chute) et qui va retrouver son socle d'origine également restauré et consolidé. Le granite à grain assez grossier est orienté de façon frustre et de ce fait, a tendance à fendre. Il a donc été renforcé aux endroits les plus fragiles.



Mise en place de la partie terminale. Il s'agit d'un monolithe de granite duquel s'était détachée en plusieurs morceaux, toute la partie avant sculptée: un christ en croix qu'il a fallu reconstituer à partir des débris récupérés au pied de l'ancien calvaire par une Laniscataise, il y a un certain nombre d'années aujourd'hui! Mais tout arrive avec un peu de volonté et de détermination!


Enfin le monument retrouve son harmonie d'origine et nous révèle de nouveaux éléments historiques qui n'étaient pas visibles avant la restauration, comme ces détails du blason qui à notre grande surprise n'est pas celui des Gourdel, le mari défunt de Marie Hamon en 1727, mais bien celui des Quélenec de Kerjacob (7 macles bien visibles sur le blason après nettoyage), c'est à dire exactement le même que le blason offert à la mairie de Laniscat et visible dans les bâtiments de celle-ci par un habitant de Saint Ygeaux; un blason qui figurait également dans le manoir de Kériolet à proximité (qui avait une chapelle privée dotée de cette ornementation décrite par Frotier de la Messelière dans ses dessins des manoirs et chapelles des Côtes du Nord).En effet, cette famille noble se retrouve dans la succession de Keriolet à cette époque (1727). (Voir article sur le blason de la mairie de Laniscat dans ce blog).
✸: La Pierre à L'oeuvre, coopérative de Restauration du Patrimoine, zone artisanale du Clos Joubaud. 56460 VAL D'OUST
NB: cliquer sur les vues pour les agrandir