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mercredi 31 décembre 2025

2025, entre doute et exaspération...

2025: entre le doute et l'exaspération

2025 s'achève et le dernier article de l'année pourrait reprendre les termes de celui de 2022, et depuis cette date, c'est bien la paix et plus de sérénité que nous attendons et qui tardent à venir!

Pour les "Amis de la chapelle de Rosquelfen", l'année 2025 a été une année de transition avec un hommage à notre Président Roger le Panse, décédé en septembre 2024, sous forme d'un concert dans la chapelle. Cet hommage s'est déroulé le 4 juillet sous forme d'une soirée-concert (chapelle pleine)animée par Anne Auffret, Christian Rivoalen, Marc-Antoine Ollivier, Jean-Daniel Bourdonnay et Pierre-Yves Le Panse.Encore un grand merci à eux pour cette belle soirée.

 Le nouveau Bureau de l'association présidé par Régine Benech continue la récolte de dons en vue de finir les travaux sur le mobilier (retable, chemin de croix, chaire de prêche..) et poursuit les actions d'animations dans l'édifice. Pour 2026, outre le Pardon du 5 juillet, une exposition de dessins, peintures et sculptures est prévue entre le 25 juillet et le 2 août dans la chapelle avec également une ouverture et visite commentée aux journées du Patrimoine.

Concernant le blog, le compteur est passé à plus de 261000 visites, ce qui dépasse les 130/jour pour 2025, une progression qui ne cesse de m'étonner (et me fait travailler!)

Je souhaite à tous les lecteurs du blog et à leurs proches une année 2026 la plus sereine possible malgré un contexte toujours aussi peu réjouissant. C'est sans doute aussi pour celà que je vois la poésie comme  quelque chose de salutaire. Â propos d'elle, René Char écrit "on n'habite que le lieu que l'on quitte, on ne crée que l'oeuvre dont on se détache, on n'obtient la durée qu'en détruisant le temps". Je crois en effet que la poésie nous sauve des débâcles de notre temps.

vendredi 26 décembre 2025

Poème

Hivernal sonnet

L'hiver en habit froid enveloppe la Lande

Où les rochers moussus suintent d'humidité

En spectres indifférents à toute adversité

Découpant l'horizon de hachures étonnantes

Landes du Liscuis; acrylique sur toile AJ

Muraille démantelée sous la brume montante

Qui masque les chemins des elfes et d'une fée

Les discrets habitants des rives de la vallée

S'y abritent en veilleurs de leur belle passante


Rochers, landes et chênes, immuable décor

Depuis le temps romain et les chemins d'alors

Tunnels sombres et moussus dans un endroit sacré


Mais n'y l'ajonc fleuri, ni les chênes et houx

Ne peuvent ici prétendre à bien savoir aimer

Ce qu'il faut de douceur vient du coeur voyez-vous.

dimanche 21 décembre 2025

Regard sur la CCKB :Communauté de Communes du Kreiz Breizh

Regard de géologue sur la CCKB (Communauté de Communes du Kreiz Breizh-23 communes)

J'avais contribué à la rédaction d'un article en 2023 par Gaby Sibéril de Rostrenen sur ce sujet pour une étude en cours qui faisait le rapport entre la diversité culturelle ancienne de ce secteur de 700 km2 environ et l'organisation topographique du pays fortement dépendante de la géologie.

Extrait de la carte géologique BRGM
Habillage et légende:Gaby Sibéril
 On voit sur la carte que la CCKB occupe un espace central avec au Nord, le massif granitique de Quintin, le bassin carbonifère de Châteaulin dans la partie centrale (gris-vert), le massif granitique de Rostrenen au Sud avec le synclinorium médian paléozoïque armoricain percé par le granite de Rostrenen et dont on voit la partie Ouest (secteur de Glomel à andalousite) et le "crochon" de Quénécan à l'Est: anticlinal qui concerne Plélauff et Bon Repos-sur-Blavet (Perret).

Cette organisation du sol est liée pour l'essentiel à l'orogène Varisque ou Hercynien qui correspond à une phase de formation du relief datant du Carbonifère(350-340Ma et jusque 290Ma) par compression Nord-Sud liée à la montée du Gondwana vers le Nord, puis cisaillement Est-Ouest conduisant à la formation du pli anticlinal de Quénécan. Durant cette période, le massif complexe de Rostrenen va se mettre en place (330 à 300Ma). Il va comporter des magmas d'origine mantellique et d'autres d'origine crustale, plusieurs faciès différents jusqu'aux tonalites et diorites quartziques de Plélauff. Le massif de Quintin sera post-tectonique, intrusif dans le Carbonifère (291Ma+/-9selon datations de J.J.Peuca, U.de Rennes), ce qui est un âge Carbonifère supérieur. Les granites vont générer une auréole de contact qui correspond aux roches sédimentaires métamorphisées et transformées en cornéennes, parfois à andalousite (Guerphalès), parfois à sillimanite (ouest de Plélauff).

Position des formations géologiques, cartes BRGM
Habillage Gaby Sibéril
La géologie va conditionner la nature des sols et la topographie: vallonnements arrondis dans le granite, faiblement ondulé dans le bassin de Châteaulin, avec relief dans le Sud de la carte (Quénécan). La géologie permet d'établir une différence qualitative des terres avec les conséquences économiques induites. La nature variée du sous-sol aura une influence sur les ressources en eau. En regardant le réseau hydrographique du secteur (Blavet, Doré, Sulon, Daoulas, sources de l'Ellé) on constate que les massifs granitiques jouent le rôle de réservoirs d'eau (réserves intersticielles abondantes) et sont parsemés de nombreuses sources liées aux failles du granite. Les séries du Paléozoïque et de l'Ediacarien (ancien Briovérien) aux niveaux schisteux dominants sont moins favorables à l'existence de réserves d'eau. L'hydraulique est dépendante des conditions climatiques et donc météorologiques, comme vu en 2022 par le déficit pluviométrique enregistré. Ces aquifères sont donc vulnérables car dépendants des conditions de surface et donc vis-à-vis de la pollution des sols.
Les reliefs de Quénécan en grès armoricain portent logiquement la couverture forestière importante et adaptée à ce terrain sans terre cultivable.
Dans ce contexte, un héritage immatériel s'est développé. Le granite de Quintin et le bassin de Châteaulin développeront un "terroir" distinct l'un de l'autre: le pays Fañch krec'hiou (du haut) sur le granite, le Fañch Diazou (du bas) dans le Bassin de Châteaulin. Le pays Fisel centré sur Maël-Carhaix avant de glisser tardivement vers Rostrenen va bénéficier du dynamisme d'un marché agricole jusqu'aux années 1980 où l'accélération de la déprise agricole va l'affecter durablement. Le Pourlet va se développer au Sud du Massif de Rostrenen, à partir de Mellionnec et vers Lescoët-Gouarec, Silfiac, et le Koste'rc'hoed à l'Est de Plélauff (Lande de Gouarec) et Perret. Cette diversité culturelle ancienne est l'expression des particularités locales, de la diversité des contextes géologiques, sorte de synthèse de ce qui constitue l'attrait singulier et bien réel du Kreiz Breizh.
NB: ce document reprend une bonne partie de la présentation 2023 à la CCKB par Gaby Sibéril et diffusée la même année.


vendredi 12 décembre 2025

Les énigmes de Saint Ahouarnou en Plélauff (Côtes d'Armor)

Les énigmes de Saint Ahouarnou ou Saint Hervé de Guendol en Plélauff 

Dans les articles du 20 juillet 2024 et celui du 6 août 2025 sur ce blog, j'indiquais les recherches en cours sur l'origine de ce monument ruiné positionné au bas du village de Guendol en Plélauff, dans une pente assez raide vers le canal de Nantes à Brest qui correspond ici à la vallée du Doré.

En recherchant les textes relatifs à ce monument, j'ai pu constater un certain nombre d'erreurs dans les dates et affirmations, en particulier sur des sites comme "infobretagne" où les auteurs des articles ne sont pas toujours nommés.

Jubé dans la chapelle N.D.de la Croix (1960)
(Document fourni par B.Rohou, maire)

Sur ce cliché fourni par Bernard Rohou, maire de Plélauff, on peut voir le fameux jubé de Saint Hervé ou Ahouarnou avant sa restauration et mise dans sa  position actuelle dans la chapelle de N.D. de la Croix, au bourg de Plélauff. Il est ici au fond de la nef de N.D. de la Croix, devant la porte principale, du côté du pignon Nord de la chapelle. Il est dans la même position au moment de son classement comme "monument historique au titre d'objet" le 25 mars 1938.

La chapelle Sainte Croix (ou Notre Dame de la Croix) date de 1485 (une datation réalisée par la présence de blasons sur le clocher, partie de Quénécan-Plougras et partie de Quénécan-du Guesclin),c'est-à-dire fin XVe, et reste de dimension trop modeste pour contenir un jubé. Celui qui s'y trouve n'a été placé dans sa position actuelle qu'à partir de 1960, c'est-à-dire récemment, vu son âge. et ce positionnement n'a été possible que par l'agrandissement de la chapelle en 1833. En effet, le jubé occupe la position de l'ancien chevet de la chapelle primitive, ce qui rend impossible les affirmations de l'auteur de l'article sur "Patrimoine de Plélauff": "chapelle inscrite le 15 juin 1925 à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques... Récemment elle a été restaurée. Le jubé a été replacé à sa place primitive." L'auteur de l'article sur infobretagne donne une fausse indication qui relève de sa vision des choses, tout-à-fait erronée dans ce cas précis. Il se trompe encore sur les dates à propos des écrits du recteur Mahéo sur N.D. de la Croix où le jubé n'est pas encore amené de Saint Hervé en 1839 (il le sera sans doute quelques années plus tard lorsque la toiture de Saint Hervé sera en grande partie détruite).En cherchant un peu, on constate que le recteur Mahéo, curé de la paroisse de 1826 à 1860 a donné des indications sur l'origine de ce jubé, toujours dans son emplacement primitif à Saint Hervé ou Ahouarnou en 1839. Il n'a jamais publié à la Société d'Emulation des Côtes-du-Nord contrairement aux indications de l'auteur sur "Patrimoine de Plélauff", mais les informations qu'il avait rédigé sur Saint Hervé et N.D.de la Croix ont été reprises par J.R Du Cleuzio dans une publication à cette même Société d'Emulation en 1979: "La paroisse de Plélauff en 1839,p171-182". Ainsi donc, il faut rester prudent sur certaines affirmations non vérifiées et malheureusement trop fréquentes dans le domaine du patrimoine historique. Â suivre donc car les recherches ne font que débuter (sur le mobilier, la cloche, la mise en place et les restaurations de Saint Ahouarnou de Guendol).

mercredi 3 décembre 2025

La pierre tombale ou "Dalle tumulaire" de l'abbaye de Bon-Repos en Saint Gelven (22)

La pierre tombale ou dalle tumulaire de l'abbaye de Bon-Repos en Saint Gelven, Bon-Repos-sur-Blavet.

C'est dans la revue Kaier ar Poher n°90 d'octobre 2025 que Jean-Paul Le Buhan* nous parle de cette magnifique pierre tombale en schiste ardoisier dans un article à lire absolument pour ceux qui s'intéressent au patrimoine local et bien au-delà, aux techniques mises en oeuvre par les bâtisseurs du Moyen-âge.

Dalle tumulaire, abbaye
de Bon-Repos
En effet, cette très belle dalle de schiste est une pierre taillée dans une roche locale qui constitue les crêtes boisées au Nord de l'abbaye (Vallée du Daoulas notamment). Elle a été découverte par les Compagnons de l'abbaye lors du déblaiement et nettoyage des ruines de l'abbatiale, chantier débuté en 1985.
Si l'église abbatiale a été construite en 1214, c'est-à-dire 30 ans après l'acte de fondation (1184) de l'abbaye par le vicomte Alain III de Rohan et son épouse Constance (de la maison de Penthièvre), cette dalle (2m50 x 0,80) a été selon J.P. Le Buhan, estimée de 1330-1380. La méthode de datation n'est pas donnée (une possibilité est la mesure par C14 dans l'unité stratigraphique sur laquelle repose la dalle après vérification archéologique).
La particularité de cette dalle réside dans le fait que les éléments gravés à sa surface n'ont rien d'une représentation religieuse habituelle sur une pierre tombale mais correspondent à l'illustration de la fonction de bâtisseur pour lequel cette dalle a été ornée. Outre la résille carrée de 70 x 70 cm portée par un axe vertical surmontant une élévation en étages ou degrés (figuration du Golgotha selon J.P. Le Buhan), on y voit aussi les outils du bâtisseur de part et d'autre de l'axe porteur. Cette représentation de "l'arbre de vie" portant des fruits est une représentation symbolique antérieure à celle de la crucifixion.
Détails de la dalle tumulaire: les outils

On reconnait à droite le marteau taillant à pointe (plusieurs noms dont le "polka"), au-dessous, un compas à guide, à gauche une règle de 76 cm  et surtout une équerre aux bords divergents. Ce dernier objet est selon J.P.Le Buhan, le signe de la maîtrise professionnelle des bâtisseurs.

La démonstration de géométrie fine de Jean-Paul Le Buhan, passant par le nombre d'or, le triangle d'or, les fonctions multiples de cette équerre aux bords non parallèles (voir Carnet de Villard de Honnecourt), révèle les fonctions multiples allant du façonnage de la pierre à celle des claveaux, de la mise en place et valorisation des ouvertures, des absides aux chapelles...

Ainsi de nombreux monuments témoignent encore aujourd'hui de l'extraordinaire maîtrise technique des bâtisseurs du Moyen-âge: rose de l'abbatiale de Saint Denis (XIIe), rose à rayons de Notre Dame de Paris (XIII et XIVe), etc... Ouvrages perchés à plusieurs dizaines de mètres en hauteur et toujours présents depuis le XIIIe siècle dans de nombreux édifices. Cette extrême précision dans la manière de bâtir a bien du mal à ètre admise lorsque l'on parle des pyramides d'Egypte (bien plus anciennes, il faut le dire) ou des constructions du Machu Picchu ou de Sacsayhuaman au Pérou. Et pourtant ces édifices ne sont ni des réalisations d'extraterrestres(!) ni des moulages(!) Mais pour éviter les pièges et affirmations sans fondement, il faut savoir qu'avec des roches comme l'andésite (à Sacsayhuaman), la texture microlithique rend possible des ajustements millimétrés, façon "puzzle", les bâtisseurs faisant le choix d'emboîter les blocs afin d'éviter la mise en oeuvre d'un liant. Une roche naturelle est toujours identifiable par procédé optique en lumière naturelle ou polarisée, réfléchie ou transmise, une "roche" moulée et donc reconstituée avec un liant est une matière amorphe et isotrope, aucun doute sur cette question!

*:Jean-Paul Le Buhan: Président honoraire de la SEHAG (Société d'Etudes Historiques et Archéologiques du Goëlo). Titre de l'article ;"La dalle tumulaire aux outils de l'abbaye Notre-Dame-de-Bon-Repos en Saint Gelven (Côtes d'Armor)".Photos Jean-Paul Le Buhan.

La revue Kaier ar Poher est un périodique publié par le Centre Généalogique et Historique du Poher domicilié à Carhaix, Finistère.