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jeudi 12 mars 2026

Abbaye de Boquen en Plénée-Jugon, Côtes d'Armor

Sur les traces des cisterciens en pays gallo: l'abbaye de Boquen en Plénée-Jugon

Boquen, pignon ouest de l'abbatiale en mars 2026.Photo PJ
Cette abbaye se situe à l'orée de la forêt de Plénée-Jugon. Elle a été fondée au XIIe siècle, en 1137 par Olivier II de Dinan et Agnorie de Penthièvre, une première similitude avec Bon-Repos: Constance de Bretagne Penthièvre est de la même "maison" et la fondatrice en 1184 de l'abbaye de Bon-Repos avec son époux, Alain III de Rohan. L'abbaye de Boquen est fille de Bégard qui est la première grande abbaye cistercienne dans ce secteur. Elle est abandonnée à la Révolution comme beaucoup d'édifices religieux. Classée MH en 1938.

Cette abbaye est réinvestie en 1936 par Dom Alexis Presse, un moine cistercien en délicatesse avec son ordre monastique. C'est lui qui restaure l'abbaye, alors en très mauvais état. En 1965, Bernard Besret (ex-théologien fort connu dans les années 1960-1970), prend la suite en ayant rompu avec le catholicisme en 1970. De 1976 à 2011, l'abbaye héberge la communauté des Soeurs de Bethléem et depuis le 1/01/2011, c'est la Communauté du Chemin Neuf qui gère le site.

Intérieur de l'abbatiale vu du chevet
PhotoPJ
Cette abbatiale encore bien conservée date donc du dernier quart du XIIe siècle (fenestrage roman sur la nef). Le choeur gothique a été approfondi au XVe siècle et contient le tombeau de Gilles de Bretagne, né vers 1420, mort assassiné en prison en 1450, Seigneur de Chantocé et fils du Duc de Bretagne JeanV et frère des ducs François premier et Pierre II.
L'impression générale laissée par le bâtiment est celle d'une église démesurément grande et austère mais dont la taille révèle l'importance de la communauté monastique de l'époque. Sa construction en granite sombre grossier ajoute une touche monochrome qui amplifie ce côté austère et nu car ici et conformément à l'esprit cistercien, pas d'ornementations excessives ni nombreuses statues. Le style est volontairement dépouillé.
Armarium, transept nord, 
contre le mur ouest à l'angle
du cloître. Photo PJ

Un armarium (endroit où l'on place des livres et documents divers) orne le mur ouest du transept nord, proche de la sacristie et de la salle capitulaire. On voit ici la disposition du clocher, très souvent positionné à la croisée de la nef et du transept, comme au Relec ou à Bon-Repos. Dans cette dernière abbaye, les archives mentionnent les réparations réalisées au XVIIe sur le clocher en mauvais état en précisant qu'il était couvert d'ardoises (rien à voir avec la flèche en granite de Saint Mayeux!)
Salle capitulaire (XIIe). Photo PJ


 




Sur cette façade de la salle capitulaire, deux baies géminées encadrent la porte avec des arcs en plein cintre et chapiteaux  sculptés de motifs végétaux. Le granite utilisé ici est plus fin que celui qui domine dans la nef. Un nombre important d'anciennes pierres tombales sont visibles au sol de la salle capitulaire. Les sculptures en bas-relief sur ces dalles mortuaires soulignent l'importance des personnages enterrés ici (crosses d'abbés, blasons...)Les autres bâtiments ont été fortement remaniés au XVIIe et XVIIIe siècle, puis restaurés et modifiés au XXe.

Quel rapport entre cette abbaye et celle de Bon-Repos en Saint Gelven (Bon-Repos-sur-Blavet aujourd'hui)? Des sites comme "infobretagne" parlent de Bon-Repos comme "fille" de Boquen, ce qui est faux, Bon-Repos est fille de Savigny, alors pourquoi cette confusion? Parceque Guillaume Grignon, abbé de Boquen, ratifie en 1390 une donation faite à l'abbaye de Bon-Repos par Jean, vicomte de Rohan et le texte de cet acte indique Guillaume Grignon comme Père de Bon-Repos. Notons également au passage que Nicolas, abbé de Cîteaux, supérieur général de l'ordre cistercien procède en 1387 à une réforme de l'abbaye de Bon-Repos qui est mise sous tutelle de Boquen et de Coatmalouen (Décadence de Bon-Repos, "fêtes païennes" au cours du XVe siècle). En 1469, apparaît le nom de l'abbé Alain de Penguily (également toponyme que l'on trouve sur Boquen) accusé de "maléfices, délits et mauvaise administration".C'est  l'ensemble de ces éléments qui a contribué à la confusion sur la filiation de Bon-Repos. Sources: voir synthèse  wikipedia, patrimoine de Plénée-Jugon..."Les cisterciens en Bretagne aux XIIe et XIIIe siècle" d'André Dufief...


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