Libellés

mardi 8 juillet 2014

Archéologie

L'énigme du site de la chapelle Saint Gildas à Laniscat (22)

Au nord de la chapelle Saint Gildas à Laniscat, se trouve un menhir isolé en quartzite lardé de veines de quartz, déjà mentionné dans un article précédent sur les menhirs du secteur de Quelfénec, le site de production des haches en métadolérite du Néolithique. Ce menhir de Saint Gildas est tout proche du contact géologique entre Dévonien et Carbonifère. A cet endroit on peut voir des fosses orientées Est-Ouest , dans l'alignement des formations schisteuses et dans lesquelles se trouve un gros filon de quartz laiteux riche en pyrite et localement en oxydes de fer.
Un contrôle des alluvions du Daoulas en aval de ce filon permet de constater la présence d'un cortège de minéraux lourds très peu roulés.
Certains minéraux comme l'épidote, la tourmaline (schorl) et même le quartz limpide présentent des formes bien conservées et très fraîches ce qui indique un faible transport. Deux points d'or apparaissent également dans ce contrôle en limite des formations Dévoniennes et Carbonifères. Y aurait-il donc un lien entre l'exploitation ancienne de ce filon de quartz et la présence du menhir? La question intéresse les archéologues et justifierait une étude plus détaillée de ce secteur.
Photos: le menhir de St Gildas au Nord de la chapelle et contrôle des alluvions du Daoulas par pannage au pan de huit litres en juin 2014.











mercredi 2 juillet 2014

Poème et légende

"Le présage du château mystérieux" (Huile sur toile de Reon)

C'est un endroit béni des dieux
Au vieux château drapé de ronces
Un chemin creux ici s'enfonce
Dans un sous-bois aux schistes bleus

Près de l'étang chante un ruisseau
Baignant sans fin la gorge vive
Un ancien bief borde la rive
Jusqu'au moulin dit du Corbeau

Dans ma mémoire réapparaissent
Les grands gardiens de ce temps là
Portiers du monde d'Argondia
Où la magie jamais ne cesse

Je vois Acis et Galatée
Endormis sous la voûte blême
Pourquoi attendre Polyphème?
Je dois enfin me réveiller

Et Argondia alors s'efface
Sous les grands chênes aux troncs moussus
Près de l'étang les ruines à nu
De l'ancien monde gardent la trace

Te souviens-tu de ce rosier
Qui chaque été au coeur des ruines
Offre aux passants fragrance fine
Pour un présage à déchiffrer?

Photos: entrée de la Grotte Magique dans les années 1970-80 au moulin du Corbeau (Ste Brigitte 56) aujourd'hui disparue. "Le présage du château mystérieux", huile sur toile de Reon, la Légende d'Argondia, aujourd'hui à Prague, Rép Tchèque.

samedi 28 juin 2014

Légendes

La grotte des Korrigans, vallée du Daoulas en Laniscat (22570)

Sur les anciennes photos ou cartes postales de la vallée du Daoulas, les gorges escarpées apparaissent étrangement dénudées par rapport à aujourd'hui où les arbres ont colonisé les flancs de cette rivière, affluent  du Blavet. Sur les vues orientées Nord, après le viaduc et l'ancien moulin en allant vers Laniscat, apparait un petit sentier qui monte vers les sommets. Il permettait à cette époque de rejoindre Canac'h Laeron. Ce chemin existe à nouveau aujourd'hui et se nomme le "chemin des korrigans". Il passe à proximité d'une ancienne cavité dans les schistes  qui devait servir d'abri autrefois aux travailleurs des carrières d'ardoises. Cette "grotte" à flanc de colline permet de se tenir à deux personnes en position assise: une vraie demeure de korrigans dans la vallée du Daoulas, avant d'arriver aux allées couvertes du Liscuis, un itinéraire dans la lande et les roches schisteuses qui impressionne toujours les marcheurs par sa beauté sauvage et préservée.

vendredi 20 juin 2014

Archéologie et patrimoine

Le menhir "Callac" en Saint Gilles-du-Vieux-Marché (Côtes d'Armor)

Dans un champ proche de la route, à la sortie du bourg de Saint Gilles-du-Vieux-Marché vers St Martin des Prés, Le Quillio, se dresse un magnifique menhir schisteux approchant les quatre mètres de hauteur; sa forme régulière et homogène est assez unique. Le matériau utilisé n'est pas non plus très fréquent (roche schisteuse: le bourg de St Gilles est proche des reliefs de schistes du Dévonien que l'on trouve au sud immédiat du village) mais correspond aux roches de ce secteur.



La seconde photo permet de se faire une idée plus précise de la taille de ce mégalithe par la personne à proximité immédiate.
(cliquer sur les photos pour les agrandir).
Le sens de la présence à cet endroit d'un tel monolithe isolé échappe toujours aux archéologues.

lundi 16 juin 2014

Poème

Mirage

Un corps sur un mur au soleil
L'azur sans mesure l'émerveille
Les découpures sur lui des ombres

Un visage baigné de lumière
Apaisé sur son lit de pierres
Bel arlequin au schiste sombre

L'esprit libéré vagabonde
Chevauche l'onde des verts épis
Le souvenir d'une harmonie
Sur les rivages d'un autre monde

Les ombres annoncent la nuit qui vient
Un disque blanc, clarté lunaire
Eclaire alors le mur de pierres
Sur lequel je ne vois plus rien

Par l'océan mouvant des blés
S'échappe et vogue l'imaginaire
Dans la clarté crépusculaire
S'ouvre à nouveau le temps des fées.

Photos: champ de blé sur la Lande de Rosquelfen en face du Bonnet Rouge et flore rase dans les débris d'ardoises du Liscuis.

jeudi 12 juin 2014

Patrimoine

Chapelle de Rosquelfen en Laniscat (Côtes d'Armor)

Etat d'avancement de la restauration intérieure

Après redressement du mur nord de la nef en automne 2013, les bénévoles des Amis de la Chapelle de Rosquelfen se sont attaqués à l'enduit intérieur du mur comme indiqué dans le dernier article du blog sur la chapelle. En juin 2014, le travail se poursuit sous contrôle et avec la participation active de Léo Goas, l'Architecte du Patrimoine qui supervise les travaux. L'enduit en terre et chanvre a reçu un dernier badigeon de chaux et la chaire est en cours de réinstallation à son emplacement d'origine après un traitement antiparasitaire.


La seconde photo montre l'état actuel du mur nord de la nef après réfection de l'enduit. Cette réfection s'est faite selon les techniques et avec les matériaux de base utilisés à l'origine du bâtiment. La partie haute de la chaire ainsi que son escalier seront remontés dans les jours qui viennent et la chapelle pourra ainsi accueillir à nouveau les fidèles pour le pardon du 6 juillet prochain.
Il restera les travaux sur la charpente et la toiture à réaliser pour terminer ce chantier débuté en 2010.

dimanche 8 juin 2014

Archéologie

La nécropole Néolithique du Liscuis (Laniscat 22570)

Les 7 et 8 juin 2014, à l'occasion du Trail de Guerlédan, les "Chemins de l'archéologie" ont organisé une animation sur le site de Bon Repos (en St Gelven, Côtes d'Armor) avec démonstration de creusement d'une pirogue par herminette et hache en métadolérite de Quelfénec, constitutions de parures en pierres polies et perles d'argile, sifflets globulaires en terre et présentation d'outils et haches du Néolithique (5000 à 2000 avant JC). Ces journées ont été aussi l'occasion de visiter les allées couvertes du Liscuis, témoins de plus de 2000 ans d'histoire.
L'itinéraire de la visite commence par Liscuis III, l'allée couverte la plus proche du carrefour des chemins où se trouve un panneau explicatif réalisé à partir des dessins et données de Y Le Cerf et C.Tanguy Le Roux. Liscuis III est datée de 2000 ans avant JC, c'est la plus jeune du site. Elle présente un vestibule sub-triangulaire, une chambre principale et une cellule terminale ou annexe (cella) largement ouverte à l'Ouest. Entre le vestibule et la chambre sépulcrale se trouve une dalle échancrée avec une ouverture sub-triangulaire possédant encore son opercule de fermeture en schiste.
Cette allée de 13m de longueur se situe dans un tertre de 14m par 6 avec ici, la présence d'un véritable parvis à l'entrée, côté vestibule (Est). Le cairn qui recouvrait l'ensemble a disparu.
En continuant le chemin, apparait sur le sommet, légèrement en contrebas du point topographique culminant, la plus ancienne des tombes collectives: Liscuis I, une tombe en V d'environ 4000 ans avant JC. Elle fait 12m de longueur et s'ouvre au sud-ouest par un très court vestibule étroit séparé de la chambre sépulcrale par une dalle septale brute. La chambre sépulcrale est en forme de "bouteille". Un reste de pavage en schiste a été noté par les archéologues. Une petite cellule annexe est également visible au nord. Ici le cairn était piriforme et faisait 13m par 6, également en grande partie disparu aujourd'hui (la photo d'en-tête du blog correspond à cette tombe). La deuxième photo jointe au texte correspond à l'intérieur de Liscuis I. Au cours des fouilles, il a été mis à jour 12 silex dont 4 éclats laminaires, une perle sub-cylindrique en stéatite (du talc) à perforation bicônique, deux petite hachettes (une en amphibolite et l'autre en schiste), une grosse ébauche de hache en dolérite de Quelfénec et 60 fragments de poterie de huit vases différents dont 6 aux formes reconnaissables.
La visite se termine par Liscuis II, datée d'environ 3000 avant JC et qui est une grande allée couverte à vestibule de 2,5m de long, déjeté vers le Nord-Est. La chambre principale fait 8m50. l'opercule est ici soigneusement taillé dans une dalle verticale en schiste. A l'extrémité sud, une structure de 3m50 de long prolonge la chambre. Ici, le sol est aménagé avec soin; il est dallé de grandes plaques de schiste ajustées sur un poutrage longitudinal de 3 rangées de blocs de quartzite, formant ainsi un vide sanitaire. Le cairn est ici le mieux conservé des trois monuments; il est elliptique et fait 20m x 12m, mais plus frustre que le cairn de Liscuis I.Les archéologues y découvrent 6 silex dont 4 petites lames, des parures (pendeloque sur galets de quartz), rognon de silex à perforation naturelle agrandie, plaquette de schiste percée, pendeloque en fibrolite verte (une sillimanite fibreuse), 5 haches polies et un fragment d'une sixième, toutes en dolérite de Quelfénec, ainsi que trois fragments de vases carénés, un gros tesson ventru de gros bol et un autre fragment de poterie dans le calage d'un pilier. Ces trois monuments n'ont pas été placés ici par hasard et le lieu d'une rare beauté, dominant les vallées du Daoulas et du Blavet, dans un espace dégagé et en hauteur est incontestablement en lien avec ce que les hommes de cette époque imaginaient du passage vers l'au-delà.
Sources: "L'implantation Néolithique en Bretagne Centrale" Charles-Tanguy Le Roux. Rev.archeo.Ouest 1984, p33à54.

mercredi 4 juin 2014

Poème

Les beaux jours

Le temps m'accorde une caresse
Sur les rochers le soleil joue
Chauffe la pierre et rien ne presse
Au creux des landes il fait si doux

Je me souviens de ces hivers
Au ciel gris-noir et déprimé
La longue attente de la lumière
Qui reviendra me réchauffer

Quand chaque année les jours s'allongent
Les fleurs annoncent le bel été
Les roses pourpres auxquelles je songe
Viennent à nouveau me faire rêver


Les fleurs naissantes, les foins coupés
Ravivent un temps azuréen
La renaissance émerveillée
D'instants si courts, riches et sereins

C'est un beau jour, une caresse
Sur les rochers le soleil joue
Patience, patience, car rien ne presse
L'été bientôt sera chez nous!             

  Photos: roses rouges au pied du rocher du Conseil à Rosquelfen

Découverte archéologique

Promenade commentée aux Allées Couvertes du Liscuis

Les 7 et 8 juin prochain, l'association "Les chemins de l'archéologie" organise des animations sur le thème du Néolithique dans le cadre du trail de Bon Repos. Un stand permettra aux visiteurs intéressés de s'initier aux parures du Néolithique, conception et réalisation de sifflets en terre, démonstration du creusement d'une pirogue avec des outils du Néolithique (haches et herminettes en métadolérite de Quelfénec).

Dans le même temps, des visites commentées du site Néolithique du Liscuis partiront de Bon Repos, passant par la Vallée du Daoulas pour monter par les landes jusqu'au site où seront décrites les trois célèbres allées couvertes (de -4000 à -2000 ans avant notre ère). Les références bibliographiques utilisées pour ces visites sont les rapports des fouilles effectuées par l'archéologue Charles Tanguy Le Roux (L'implantation Néolithique en Bretagne Centrale; revue archéologique Ouest (tiré à part) 1984 p33 à54).
Photo: allée couverte Liscuis II (environ 3000 av JC).

mercredi 14 mai 2014

Poème

Mai 2014

 Par une nuit sans lune, ces vers se sont posés
Sur un carnet de cuir au temps des Saints de Glace
En ce début de mai, les voix de Saint Pancrace
Saint Servais et Mamère m'ont alors réveillé.



Autour de la maison, sous les pluies et le vent
De vieux rhododendrons fleurissent à nouveau
Manteau rouge de fleurs rafraîchies par les eaux
Parures   saisonnières au sacre du printemps



Sous l'ombre végétale s'abritent les mystères
De grottes invisibles et de pierres gravées
Des voûtes improbables et des roches dressées
Alimentent sans fin des mondes imaginaires.

Il en est un de mai, bien réel et fleuri
De muguet parfumé et de boutons de roses
Les forces de la vie dans le jardin explosent
A nouveau me proposent une sublime harmonie.

C'est ici chaque année, en Mai sur la colline
Que le temps rajeuni de l'éternelle naissance
Imprime ses couleurs, ses parfums de l'enfance
Et dans ce paradis, la mémoire se ranime.

mardi 13 mai 2014

Patrimoine en Sainte Tréphine

La Stèle ou Lec'h cannelé de Sainte Tréphine (Côtes d'Armor)

Un article antérieur fait état de cette stèle de l'âge du Fer, une forme de mégalithe sculpté qui succède aux monuments du Néolithique. Les stèles de ce genre vont être utilisées selon les archéologues du XIXe comme marqueurs d'une tombe individuelle de chef local, puis souvent réemployées durant tout le Haut Moyen-Age avec, comme c'est le cas ici, des signes de christianisation.
De nombreux auteurs, archéologues, historiens ont étudié ou se sont questionnés sur cette magnifique stèle cannelée, ce qui témoigne de son exceptionnelle beauté et originalité: Délandre en 1847, A. de La Borderie en 1858, Gaultier du Mottay en 1883, Keranflec'h Kernezne en 1888, Le Mené en 1888, Seymour de Ricci en 1897, Harmois en 1910, Gildas Bernier en 1982, Pietri en 1983, Giot en 1989, Guigon en 1994. Ce dernier, archéologue, synthétise les travaux antérieurs dans une étude: "C4 Sainte Tréphine". Dans ce document, on apprend que cette imposante stèle d'environ trois mètres, de l'âge du Fer, possède une croix gravée entre les cannelures de la face sud-ouest et une inscription très difficile à déchiffrer figure sur deux lignes sous la croix mais en face ouest.
La croix gravée est une croix pattée à bras égaux de 183cm de hauteur; elle commence à 38cm au-dessus du sol. L'inscription est liée à la croix sans ambiguïté possible. Cette inscription: crux mihael, permet par la forme des lettres de la dater entre le VIIIe et le Xe siècle (Guigon 1994). Il s'agit donc d'un réemploi au Haut-Moyen-Age d'une stèle beaucoup plus ancienne de l'âge du Fer. Cette stèle dédicacée à Saint Michel laisse penser qu'elle a pu être transportée à Sainte Tréphine en provenance d'un site dédié à Saint Michel comme le Mont-Saint-Michel sur la commune de Saint Servais, à 24km au nord de Sainte Tréphine .Un hameau appelé Sainte Trefin/Treffin se trouve à 2km au nord de cette butte (Guigon). Cette stèle aurait donc été déplacée sur Sainte Tréphine lorsque le site est devenu le principal centre du culte de Ste Tréphine.
La dernière photo représente un dessin fait par Keranflec'h en 1888 sur lequel on remarque une croix au sommet de la stèle qui est implantée à proximité d'une chapelle alors en bois (aujourd'hui en granite). Il ne s'agit pas de la croix décrite en 1670 (Fonds de St Germain n°992, Bibliothèque Nationale MSfr.168 22). Ces archives indiquent que la stèle était surmontée d'une croix où des visages étaient sculptés à l'extrémité de chaque bras et un enfant sculpté figurait sur son sommet. Cette croix très originale a-t-elle été retirée et remplacée pour cause de "non conformité" ou "excentricité" jugée trop "païenne"? nous n'aurons pas la réponse. Aujourd'hui, la stèle n'a plus du tout de croix et s'altère météoriquement par son sommet plat à partie centrale en creux, mais elle mérite vraiment un détour sur Sainte Tréphine.
Sources: C4 SAINTE TREPHINE par Philippe Guigon 1994.

lundi 12 mai 2014

Archéologie Néolithique

Le menhir de Kertanguy ou Bourlousson

Pour faire le tour du site Néolithique de Quelfénec, site d'extraction de la métadolérite destinée à la fabrication des lames de haches et situé sur la commune de Plussulien (Côtes d'Armor), un  menhir en dolérite complète la liste de ceux déjà décrits précédemment.


La marche organisée par l'association "Les chemins de l'archéologie" de Plussulien le dimanche 11 mai  passait sur les affleurements de métadolérite qui constituent l'environnement géologique du célèbre site Néolithique. Malgré un temps pluvieux (mais avec de belles éclaircies!), une trentaine de marcheurs intéressés par le contexte géologique et archéologique du lieu (entre Plussulien et Saint Mayeux) ont suivi un itinéraire qui passait par les menhirs décrits dans des articles précédents comme Rohanno (dit: ar c'has), Roc'h ar Lin, Kercouédic, Kerjégu. Sur la photo, les marcheurs contournent le menhir de Kertanguy qui fait ses trois mètres au dessus du sol, les marcheurs donnent l'échelle.
Si l'on ajoute le menhir en quartzite de Saint Gildas, plus près de Laniscat, c'est le sixième mégalithe que l'on peut voir encore sur ces reliefs de Laniscat à Saint Mayeux (anticlinal).
Il est également en Diabases à grain fin (dolérite) et ressemble beaucoup au menhir de Rohanno (ar c'has) mais légèrement plus haut. Ses côtés sont limités par des cassures naturelles de la roche appelées diaclases. Ce bloc a donc été judicieusement choisi par les hommes du Néolithique pour être implanté à cet endroit. Pour quelles raisons autant de mégalithes autour de ce site de Quelfénec? Le sens précis de ces implantations échappe encore aux archéologues. Ce qui est certain par contre, c'est que ce secteur était relativement peuplé dès cette période et par des communautés humaines hiérarchisées et organisées.

jeudi 8 mai 2014

Peinture et réflexions sur la maison

Nono lisant
Huile sur toile. PJ 1995
Loin du concept nord-américain de l'habitation, la maison bretonne ancienne évoque la solidité, la longévité, la quiétude, la résistance aux intempéries.
La dureté de la roche (ici du schiste sombre) se transforme en mur protecteur qui retient la lumière et la chaleur du foyer. La maison familiale est matrice maternelle, ancrage dans la roche et dans la terre, protectrice et régénératrice.
Elle évoque aussi la mémoire et le temps. Autrefois chaumière au début du XIXe, sa toiture est garnie d'ardoises peu avant la Grande Guerre.
Elle a abrité des générations et subi de multiples tempêtes. Toujours debout, elle fait le lien entre le passé et le futur. Le titre du tableau: "Nono lisant" évoque cette quiétude apaisante et le temps long de la réflexion et de la sagesse: un temps nécessaire avant la confrontation au réel extérieur et  à l'accélération exponentielle du temps.

mardi 6 mai 2014

Patrimoine rural en danger

Requiem pour un calvaire
Le patrimoine rural est fait de multiples monuments profanes ou religieux, ouvrages d'art ou modestes loges, fontaines ou mégalithes disséminés dans la campagne et menacés par la désertification, le manque de moyens et aussi, il faut bien le dire,  une certaine indifférence qui condamne plus que tout ces traces du passé, notre mémoire collective. Le cas du calvaire de Kériolet en Laniscat illustre bien cette situation.
Il y a plusieurs années maintenant, la partie sommitale de ce monument  est trouvée à terre par une personne de la commune qui  décide alors de mettre les morceaux sculptés à l'abri (dépôt communal). Le reste de la croix est également stocké dans le même dépôt. Sur la photo, on remarque les restes de  mains et les traces de décollement du corps crucifié qui montrent que cette sculpture était un monobloc de granite, ce qui en fait sa particularité.
Au dos de la croix figure un personnage tenant de sa main droite, les plis de son manteau. Ce personnage est sculpté avec ce qui ressemble à un simple voile sur la tête. Il  correspond probablement à la vierge, personnage féminin le plus représenté sur les calvaires, surtout lorsqu'il s'agit d'un personnage unique, en dehors du Christ, comme c'est le cas ici (interprétation de Jef Philippe). Ce monobloc de granite clair est assez lourd pour avoir basculé de sa colonne octogonale lorsque celle-ci a commencé à bouger. Il est certain que la taille des troncs d'arbres encore visibles aujourd'hui entre les blocs de granite du socle expliquent le démantèlement de la base et l'instabilité qui devait en découler.
La photo montre cette désorganisation de la base du calvaire, à l'origine parfaitement horizontale, et aujourd'hui disloquée par l'action des végétaux encastrés dans les joints entre les blocs de granite.
L'examen des restes du calvaire, aujourd'hui abattu, nous renseigne sur Kériolet, une terre noble sous l'Ancien Régime.
 La colonne du calvaire est brisée dans sa partie centrale. La base à section carrée est sculptée sur les quatre faces.
On trouve un dessin du manoir de Kériolet dans un ouvrage de Frotier de la Messelière. Une interrogation des nobiliaires bretons Briant de Laubrière et Potier de Courcy permet de constater que Keriolet est associé aux Gourdel et Le Gouvello. Jef Philippe était du reste au lycée de Campostal à Rostrenen avec un descendant des Le Gouvello. Cette famille a compté dans ses rangs un mystique célèbre: Pierre de Kériolet (Jef Philippe). Les armes de cette famille sont "d'argent au fer de mulet de gueules, accompagné de trois molettes de même".

Sur cette face de la base du calvaire, on peut voir ce blason couronné non lisible, à cordon externe s'évasant au sommet. D'après la généalogie de la famille à cette époque (XVIIIe), il pourrait s'agir du blason des Gourdel : "de gueules au croissant d'argent accompagné de trois roses de même". Le site: ploeuc-généalogie.over-blog.com, dans "Histoire, Généalogie et Patrimoine à Ploeuc... et ses environs" nous renseigne sur la succession de Gourdel, seigneur de Kériolet en Laniscat. Cette succession de noms figure également aux archives conservées en mairie de Laniscat.



Sur cette face, on peut lire: FAIT dessous FAIRE PAR DA dessous ME, ce qui signifie que le monument a été commandé et érigé par Dame, et la troisième face donne la suite du texte et la date.
On peut lire: DOIRIER, dessous illisible mais sans doute le E final de DOIRIERE (pour Douairière), puis KER et dessous: IOLET  avec dessous la date: 1727.
Ainsi, en 1727, un sculpteur a trempé son pain dans le jus de ce granite pour en faire un monument commandé par la Dame doirière de Kériolet et érigé alors à un carrefour de chemins dont l'un a aujourd'hui disparu. Faut-il laisser disparaître ce témoin d'une autre époque ou tenter de préserver ce qui peut encore l'être? La question est posée, mais plus qu'une affaire de moyens, c'est d'abord une affaire de volonté.

dimanche 4 mai 2014

Peinture et poème

"La vogue pour la recherche d'un ancien poème oublié"
Peinture de Reon. Huile sur toile, Légende d'Argondia (moulin du Corbeau, autrefois à Quénécan, aujourd'hui à Prague, Rép Tchèque)

C'est un masculin singulier
Au coeur des sombres mois d'hiver
Samain, Imbolc au ciel plombé
Où agonise la lumière

S'avancent Hélios, puis Sul et Bel
Pour effacer la part de l'ombre
Blavet, Sulon dans la pénombre
S'éclairent enfin d'un nouveau ciel

Aux doux parfums du mois de mai
Aux lueurs pourpres des brasiers
Beltaine triomphe désormais
Guide la vogue au chant léger

Celui d'un féminin pluriel
Triade en belle clarté lunaire
Achève alors l'oeuvre solaire
Paradis bleu, d'or et de miel

Nouvelle Hécate, blanche Sélène
Fine Artemis, regards masqués
Aux corps lascifs et dénudés
S'offrent à la vie douce et sereine

La vogue glisse sur l'eau sans fin
Parlant d'amour et de lumière
Des mots gravés dans une pierre
Témoignent encore de son chemin.