Libellés

mardi 26 juin 2018

Chapelle de Rosquelfen en Bon Repos sur Blavet, Côtes d'Armor

Premier Juillet 2018, Pardon de la chapelle de Rosquelfen

Vue aérienne, printemps 2018. Photo M.Benech
Le premier dimanche de juillet de chaque année, les habitants de Rosquelfen entretiennent la tradition du pardon avec partie religieuse (messe, procession, tantad) et partie profane (vin d'honneur, repas). A cette occasion, les "Amis de la chapelle de Rosquelfen" donnent rendez-vous à ceux qui le souhaitent, à la salle de Bel Air où sera servi un repas. Une année sur deux, le repas est sur Gouarec. Rendez-vous le premier juillet à 12h30 pour ce moment convivial.
Dans le cadre des animations et ouvertures de la chapelle, un concert sera également programmé le 27 juillet et la veille des journées du Patrimoine (le 14 septembre) où la chapelle restera ouverte pendant les deux jours (15 et 16 septembre): confirmation par voie de presse.

dimanche 24 juin 2018

Patrimoine rural à Bon Repos sur Blavet, Côtes d'Armor

Au pays du schiste, des pressoirs à cidre imputrescibles!

Dans les affleurements schisteux du Dévonien, entre Gouarec et St Gelven, les anciennes fermes disposaient du matériau ardoisier, non seulement pour faire des murs, enclos ou dallages divers, mais aussi pour les bases de pressoir à cidre comme le montre la photo. Cette dalle d'environ deux mètres de côté et 10cm d'épaisseur (une tonne environ) est taillée dans sa masse avec une pente étudiée qui va vers la goulotte d'évacuation surplombant une cavité entièrement maçonnée dans laquelle un récipient recevait le jus de pomme. Ce genre d'installation fonctionnait dans le pays au XIXe siècle et pour certains, jusque la première guerre mondiale.

Ce dispositif est placé sur le lieu même d'extraction et de façonnage de la pierre principale sur laquelle  la motte de pommes est placée. Celle-ci est sans doute tenue par un cerclage de bois cylindrique et la pression est fournie sur la motte par un bloc de schiste d'épaisseur suffisante, c'est du moins l'hypothèse formulée par certains propriétaires de ces pierres. Celle qui est représentée ici est l'une des plus grandes connues avec un cercle ovalisé de 1m50 de diamètre dans l'axe de la goulotte et 1m44 à la perpendiculaire. Une de ces pierres taillées  montre un dispositif plus simple de gorge circulaire (manoir du Liscuis en Laniscat: famille Pochon, propriétaire) qui permet de s'affranchir d'une taille complète de la surface du cercle. (NB: agrandir les vues en cliquant dessus).

dimanche 17 juin 2018

Poème

Les fleurs du Printemps
Eclairant l'instant...

En saison de ciels pluvieux
La limitation du bleu
Orages aux pluies abondantes
Et célébration du vert
Le stacato du pic-vert
Hêtre au Bois du Barde 2018
La nature est bien vivante!

Beauté fraîche des rosiers
De ce jardin parfumé
Où s'étalent les couleurs
Le parfum du thym fleuri
Semis sauvages d'ancolies
Oh cette saison des fleurs!

Le coeur vivant bat toujours
Dans le jardin des amours
Où les fleurs jamais ne lassent
Est-ce le mien ou le tien?
Nos deux coeurs n'en font plus qu'un
Aux printemps qui naissent et passent

jardin de Rosquelfen au printemps

Il n'est pas besoin de dire
La puissance du souvenir
De ces instants d'autrefois
Ce langage de nos anciens
Les rires dont je me souviens
Et les larmes aussi parfois...

dimanche 10 juin 2018

Evolution du bâti rural sur Saint Mayeux, Côtes d'Armor

Le bâti rural ancien: l'exemple de Kerauter en Saint Mayeux, Côtes d'Armor

Dans la campagne du Centre Bretagne, des bâtiments  anciens, certains du XVI et XVIIe siècle, subsistent encore après avoir été restaurés. De nombreux exemples sont représentés dans les travaux de Jean Le Tallec sur le patrimoine rural bâti de notre région, en particulier sur Laniscat.


L'exemple de Kerauter en Saint Mayeux montre un aperçu du bâtiment principal d'une ferme à "escalier à tourelle" tel qu'il se présentait dans les années 1960. Cette photo extraite du dossier "Maisons paysannes sous l'Ancien Régime" permet de constater l'état avant restauration.


La seconde vue prise en 2018 montre l'évolution de la façade qui conserve sa polychromie. Les murs sont en schiste de type ardoisier avec grès-quartzites associés mais fortement minoritaires. Les entourages d'ouvertures peuvent présenter du granite que l'on trouve ici sur Saint Nicolas-du-Pélem (massif de Quintin). Dans ce village, certaines maisons présentent des entourages d'ouvertures en monoblocs de granite taillé, une forme d'encadrement d'ouverture très originale et nécessitant un gros travail de façonnage dans la roche.

 Cette façade (toujours à Kerauter) en cours de restauration montre la manière d'encadrer une porte en s'afranchissant des problèmes de linteaux avec "arcs de décharge"par usage de deux pierres en granite façonné formant un arc roman. Les deux ouvertures supérieures (droite) sont des monoblocs de granite, une façon plutôt rare d'encadrer des ouvertures.

Sources: dossier photographique "Maisons paysannes sous l'Ancien Régime", Jean Le Tallec. Dossier transmis par le CGHP de Carhaix
(Pierre Le Dour).

jeudi 7 juin 2018

Archéologie au Bois du Barde en Mellionnec (22)

Un vestige d'époque romaine dans les chemins creux du Bois du Barde à Mellionnec en Côtes d'Armor?...
Extrait de la carte IGN de Rostrenen n°718E à 1/25000
Dans un chemin creux bordé de magnifiques chênes et hêtres dont certains sont classés en "arbres remarquables", le randonneur attentif aperçoit une roche sur laquelle figure un cercle parfait (mesuré dans deux directions perpendiculaires, Nord-Sud et Est-Ouest = 51 cms). Cette roche est un granite leucocrate à muscovite assez proche de celui de Locuon (carrière qui a été exploitée par les romains pour les bâtiments de Vorgium, l'actuel Carhaix). La granulométrie de ce granite semble toutefois plus hétérogène (parties à grain grossier)au niveau des affleurements proximaux. Le bloc était stocké sur un talus et a glissé progressivement par son poids dans le chemin creux.

Sur cette vue prise de dessus et à l'aplomb de la roche, on découvre un cercle gravé parfait  délimitant une surface curieusement bombée (convexe)  (?)
En regardant de plus près, il est possible de voir à deux endroits, un creusement plus important de ce cercle, comme si le tailleur avait voulu dégager un cylindre de 51 centimètres de diamètre. S'agit-il d'une ébauche d'élément de colonne comme on peut encore le voir aujourd'hui dans la carrière de Locuon? Allons voir dans cette carrière d'un peu plus près les blocs taillés encore en place.


Sur cette  troisième vue, à droite et à gauche, l'ébauche d'une forme cylindrique, ébauche abandonnée en cours d'exécution...

(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Pierres taillées abandonnées dans la carrière de Locuon







Dans la partie basse de la carrière de Locuon, ces pierres taillées (qui "amassent mousse"!) abandonnées depuis des siècles permettent quelques observations: le bloc du premier plan en ébauche de cylindre couché fait exactement le même diamètre que celui du "Bois du Barde": 51 centimètres (sans la mousse!) et le bloc cylindrique  en arrière-plan fait un diamètre de 65 cms. Qu'en pensent les archéologues? la question est posée...

vendredi 25 mai 2018

Minéralogie, différence entre roche et minéral

Est-ce un minéral ou une roche?

La question d'un internaute sur la différence entre un minéral et une roche me donne l'occasion de parler de deux magnifiques pierres (souvent polies) que l'on trouve un peu partout dans les boutiques de "minéraux et fossiles" et qui illustrent bien le propos.
Un minéral est un solide à structure atomique périodique et à composition chimique déterminée par une formule (dont l'anion donne la classe d'appartenance; il y en a 9 selon la classification de Strunz) alors qu'une roche est un assemblage de minéraux (comme le granite avec feldspaths, quartz et micas). Il y a bien entendu des exceptions pour confirmer cette règle (comme le mercure qui cristallise à -39°, ou les minéraux amorphes comme l'opale).
L'exemple porte sur le Lapis lazuli et la turquoise, deux pierres bleues très appréciées.
Le Lapis lazuli n'est pas un minéral mais une roche métamorphique (groupe de la Sodalite, feldspathoïdes) qui contient de la lazurite qui donne la couleur,d'autres silicates comme des micas, des carbonates (calcite) et des sulfures (pyrite).
Son usage remonte à 7000 ans et possède des vertus dites: apotropaïques (elle est utilisée comme talisman). Chez les égyptiens, elle protégeait du mauvais sort. Au Moyen-âge, elle est bue en poudre dans du lait pour favoriser la robustesse des membres. La couleur bleu outre-mer est liée à la lazurite qui peut faire 40% de la roche et qui est un silicate complexe hydraté calcosodique pouvant appartenir à différents systèmes cristallins. Elle était exploitée surtout à la mine de Sar-e-Sang, au nord de l'Afghanistan. Sa couleur d'un bleu profond, ponctué de paillettes dorées (la pyrite disséminée) la faisait comparer à une représentation de la voûte céleste. Le bleu utilisé par Johannes Vermeer dans "La jeune fille à la perle" est à base de Lapis lazuli.
La turquoise est une espèce minérale: c'est un phosphate hydraté de Cu et Al: CuAl 6(PO4)4(OH)8.4H2O, du système triclinique, bleu-vert à bleu pâle. Indice de réfraction de 1,610 à 1,65 suivant l'axe d'observation, avec une densité comprise entre 2,6 et 2,9, biaxe+.
Turquoise: image pixabay
Les gisements de ce minéral sont autour de la Mer Rouge, Iran, Turquie,mais aussi Mexique, USA... La mine de Montebras à Soumans, près de Boussac dans la Creuse est le seul gisement d'Europe. La confusion est possible avec la Variscite (que l'on trouve à Pannecé en Loire Atlantique) qui a été utilisée par les hommes du Néolithique pour faire des parures de type collier (comme celui découvert dans le Tumulus de Tumiac (Morbihan).

Sources: "Les minéraux" éd Solar: E.Asselborn, PJ.Chiappero, J.Galvier 1987

jeudi 24 mai 2018

Poème

Le verbe et la Muse
Mai 2018 à Rosquelfen: le temps des rhododendrons

Le temps des fleurs est revenu
Le temps des couleurs de la vie
Exaltation, t'en souviens-tu
Entre Daoulas et le Liscuis?

Tu as souri devant ma prose
Qui t'a parfois même indignée
Les mots restent bien peu de choses
Si par nos actes, invalidés!

Tu es la présence étonnante
De braises vives, couleur de feu
Tu choisis la lumière ardente
Moi, l'ombre douce des chemins creux

Tu es gardienne attentionnée
D'un étrange jardin des regrets
Où les secrets sont bien gardés
Au coeur d'un continent abstrait
Mai 2018 à Rosquelfen: le temps des rhododendrons

Comment comprendre ton langage
Verbe enjolivé des passions?
Comment ouvrir un jour nos cages
Harmoniser nos vibrations?

Dans le pays des grands rochers
Il n'est d'immobile que le temps
Allons voir ma Muse, s'effacer
L'astre solaire vers le Ponant!

J'écoute encore tes longs silences
Au temps présent qui déconstruit.
Ils me révèlent la renaissance
Et les couleurs d'une autre vie

Je sais encore dans une ardoise
Les mots gravés aux jours enfuis,
Ces discrets témoins qui nous toisent
Sur le passage vers l'infini...

samedi 19 mai 2018

Menhir de Porz Guillo en Saint Mayeux, Côtes d'Armor

Complément à l'article du 29 avril 2015 sur le menhir de Porz Guillo en Saint Mayeux (22)



Ce menhir de 4m50 (partie externe) est classé MH depuis le 29 septembre 1952. Il se situe sur la crête topographique qui fait la limite entre Caurel et Saint Mayeux, un endroit magnifique et malheureusement défiguré par une piste de motocross passant à 30m du monument! Comme indiqué dans l'article précédent, ce menhir est extrait des affleurements  proches qui sont constitués de schistes grossiers à grès-quartzite interstratifié, assez typique de cet ensemble Siluro-Dévonien qui constitue la crête topographique à cet endroit. Ce n'est donc pas une roche adaptée à la production d'ardoises car la "fissilité" est fortement perturbée par des microplis, quartzites interstratifiés en lits irréguliers et filonnets de quartz laiteux.

Si ce monument est toujours debout, c'est probablement parcequ'autrefois, il a été christianisé comme on peut le voir en regardant le sommet de sa face sud. On y observe en effet une croix avec une niche creusée dans la roche sous l'une des branches de la croix et sans doute destinée à recevoir une statue (qui elle, a disparu depuis longtemps).

Le 19 août prochain, l'association "Les chemins de l'archéologie" organise dans cet endroit, mais à une distance assez importante du mégalithe en place, une animation autour du Néolithique avec notamment transport d'un menhir et levage de ce menhir, une pierre schsiteuse de ce secteur qui devrait s'élever à trois mètres au dessus du sol et en utilisant les moyens de l'époque!(participation de spécialistes de l'archéologie expérimentale).

mercredi 16 mai 2018

Minéralogie à Bon Repos: Bon Repos sur Blavet (22)

Conférence-causerie sur les minéraux bretons le 2 juin à Bon Repos

Staurotide ou "Croisette de Bretagne" Photo L.-D.Bayle 
Le 2 juin prochain à 15h, j'évoquerai  dans la galerie "Les minéraux de l'abbaye" dans les bâtiments proches de l'abbaye de Bon Repos, les minéraux de Bretagne; un aperçu non exhaustif du sujet mais qui permettra aux amateurs de minéraux de se faire une idée plus précise de la richesse minéralogique de notre région. Dans les minéraux emblématiques de Bretagne, il y a cette fameuse "Croisette de Bretagne" ou staurotide en français, Staurolite en langage international (voir articles antérieurs sur ce blog dans la rubrique "minéralogie"). Ce minéral est parfois confondu avec l'andalousite (comme dans "infobretagne" sur Cléguérec). Il appartient au système cristallin monoclinique et, rajoute le Fleisher(l'ouvrage de référence des minéralogistes), pseudo-orthorhombique, ce qui fait placer cette espèce dans l'un ou l'autre de ces systèmes cristallins, suivant les auteurs.

Andalousite, variété chiastolite des Salles de Rohan (photo PJ)
Mais à Bon Repos (Bon Repos sur Blavet: 22570), le minéral de référence est la chiastolite, une variété d'andalousite à inclusions charbonneuses qui font parfois des figures en croix comme on en voit une sur cette photo. Ces macles (du latin macula: tache) auraient donné les armes de la famille de Rohan comme l'attestent certains auteurs et héraldistes qui s'appuient sur les documents d'archive de la juridiction royale de Ploermel dont dépendait la Vicomté de Rohan au Moyen-âge, ou comme le confirme également Josselin de Rohan dans un entretien avec F. de Monicault et J. Bruno dans le n° 9706 du Hors série "Historia".Ces chiastolites sont particulièrement visibles sur la façade de l'abbaye de Bon Repos.
Sources: pour la staurotide:"Minéraux de Bretagne" de Louis Chauris, Editions du Piat 2014

mardi 8 mai 2018

Frelon asiatique en Centre Bretagne

Frelon asiatique, l'invasion!
Un article du 22 août 2015 sur ce même blog faisait déjà état du développement en centre Bretagne du frelon asiatique, décimant des ruchers au désespoir des apiculteurs. Depuis 2015, on assiste sur Gouarec comme sur Rosquelfen (Bon-Repos sur Blavet en Côtes d'Armor)à un développement régulier de ce frelon et à une diminution importante du nombre d'abeilles (pas seulement par les ruches désertées mais aussi par la rareté de l'abeille sur les fleurs, la disparition des colonies "sauvages" (dans les cheminées notamment).



En ce début de mois de mai, les reines sont encore en train de démarrer de nouvelles colonies. Dans ce bocal de confiture, un nid tout récent de la grosseur d'une balle de tennis, récupéré avec sa propriétaire la reine , seule résidente et toute surprise d'être mise en conserve! Ce nid est le deuxième détruit à 30m de distance du premier qui faisait la même taille!


Cette femelle fondatrice est  plus grande que le mâle de la même espèce et se capture facilement au moment du démarrage d'une nouvelle colonie. Lorsque le nid est repéré alors qu'il ne fait que quelques centimètres, elle est seule dedans  et donc particulièrement vulnérable. Il est  encore temps de piéger ces reines avant la prolifération estivale, mais le nombre de ces frelons, visibles quotidiennement autour des maisons, ne cesse d'inquiéter. Cette espèce a même supplanté le frelon européen devenu plus rare.

NB: clic gauche sur les photos pour les agrandir.

dimanche 6 mai 2018

Entre Histoire et Légende sur les bords du lac de Guerlédan (22)

La tragique histoire de la demoiselle de l'abbaye, passée dans la mémoire collective sur les rives du Blavet (Saint Gelven, Caurel en Côtes d'Armor, Saint Aignan en Morbihan).
Ruines de l'abbaye de Bon Repos, années 1988-90.Photo wikimedia
1636: année des temps agités pour l'abbaye de Bon Repos (sur la trève de St Gelven dépendant de la paroisse de Laniscat, évèché de Cornouaille), impliquée dans le drame qui se déroule à plusieurs kilomètres, le long du Blavet, au lieu-dit Trégnanton (alors treguénanton ou troguénanton).
Les "temps sombres"vont ponctuer l'histoire de l'abbaye, comme des "revers" opposés aux "avers" lumineux des origines et des actions positives de l'Ordre Cistercien. Loin de moi l'idée de faire l'apologie des "temps sombres", mais pour comprendre la persistance d'une telle histoire dans la mémoire des gens du pays, il me paraît nécessaire d'en parler un peu.
Ainsi, dès 1387, l'Ordre de Citeaux dont elle dépend, ordonne des sanctions contre l'abbaye. En 1415, elle entre en conflit avec les fondateurs, la famille de Rohan; les causes sont multiples: luxe des abbés, présence de femmes dans le monastère, fréquentation des auberges par les moines... En 1470, l'affaire de Penguily, un prieur de 1465 accusé de "maléfices, délits et mauvaise administration" (N. Andrejewsky, M.Simon) va déboucher sur la mise sous tutelle de l'abbaye sous l'autorité de celle de Boquen. Au début du XVIe siècle, le Concordat accroît les difficultés; les abbés sont désormais désignés par le roi dans la noblesse et non plus par l'Ordre Cistercien. Depuis les guerres de la Ligue et Henri de Rohan qui est protestant, l'abbatiale de Bon Repos n'est plus nécropole des Rohan. En 1583, Troïlus de Mesgouez, Marquis de la Roche, vice-roi de Terre Neuve, et aventurier sans scrupules pille l'abbaye jusqu'en 1606. L'abbaye, dépourvue des 2/3 de ses revenus se remet à peine de ces temps difficiles lorsque se déroule l'histoire de la "demoiselle de l'abbaye".
Le roi de France, Louis XIII (1601-1643) est lancé depuis 1635 dans la guerre de 30 ans. De nombreuses jacqueries sanglantes affectent les campagnes dans tout le royaume. L'abbé commendataire de l'abbaye est Claude II de Guillier qui meurt en 1646, remplacé par Michel Mazarin, le frêre du célèbre cardinal. Il ne réside pas sur place et ponctionne les revenus par l'entremise d'un régisseur. La situation est tendue car les Dîmes ne tombent pas, les vassaux des Rohan préfèrent s'en affranchir en devenant protestants! En 1636, le prieur est Jean Guegan (article sur ce blog, sur patrimoine de St Gelven, le calvaire de Trégnanton). Un jour de cette sombre année, une jeune fille, sans doute retenue contre son gré dans l'abbaye, décide de s'enfuir. Qui est-elle, et pourquoi est-elle retenue dans l'abbaye?? Toutes les hypothèses sont permises car l'histoire ne répond pas à ces questions...
Ruisseau de Kerouillé à Trégnanton en 2015(assec du lac)
Les anciens du pays racontent encore cette histoire qui peut se résumer ainsi: une jeune fille s'enfuit de l'abbaye... Elle suit le Blavet en rive gauche, descendant la vallée vers Mûr de Bretagne. Elle a parcouru plus de 4 kms quand elle entend des aboiements  de chiens lancés à sa poursuite. Elle franchit le petit ruisseau des sources de Kerouillé et Ty-lan-Vojo en arrivant sur Trégnanton, face à la butte de Malvran sur l'autre rive. Les chiens la rattrapent à cet endroit et se jettent sur elle. Que devient alors le corps mutilé de la malheureuse? Les anciens du pays se posent encore bien des questions à propos de cette histoire: qui était cette jeune femme et quel rôle  jouait-elle pour provoquer un lâcher de chiens volontaire, devait-elle garder le silence??
Trégnanton et son calvaire en 1636 (pastel PJ)
Un monument aurait été érigé par le prieur Guégan à l'endroit où s'est déroulé le drame (ce que semblerait conforter les écrits  de l'abbé Guitterel et la pierre gravée du prieur Guégan; article du 2/03/2018). Mais pourquoi un calvaire à l'emplacement de sa mort? Une recherche de rédemption?Une raison liée à l'importance de cette jeune fille qui aurait pu appartenir à une famille noble du pays?
Depuis ce temps, l'endroit est hanté par les âmes errantes de la demoiselle dont on cherche toujours le nom et une trace de sépulture, mais aussi de Lannezval tué pratiquement au même endroit deux siècles plus tard (affaire jugée en 1889, voir article du 10/04/2015 sur ce blog), et encore l'âme du Seigneur du Cours, tué le 21 février 1796 à Baraval... Dans les mois sombres de l'hiver, cette partie sauvage, silencieuse et préservée du lac de Guerlédan conserve son atmosphère étrange.Gardien de secrets perdus dans le dédale de l'histoire, Trégnanton n'est pas entré dans un schéma contemporain de l'exploitation touristique des rives du lac (malgré les tentatives de Léon Launay, maire et conseiller général de St Gelven dans les années 1980), et son calvaire conserve malgré lui la mémoire d'un temps bien plus ancien que lui.
NB: Florentin-Claude, Seigneur du Cours, né à Corlay en 1753, émigré à l'armée de Condé, chef de Division de l'armée catholique et royale de Bretagne, arrêté au village de Baraval en St Aignan et fusillé par une Colonne Mobile le 2 ventôse de l'an IV (21 février 1796) (infobretagne:Corlay). Baraval est le nom de l'écluse 125 située en aval de celle de Trégnanton mais qui n'existait pas au moment des faits.Cliquer sur les images pour les agrandir.

jeudi 19 avril 2018

Poème

Paroles printanières

Le soleil matinal éclaire sur la colline
Les anciennes demeures au silence obstiné.
Dans un espace clos aux murets éventrés
Aux rosiers renaissants carapacés d'épines,
L'ombre d'une présence qu'à l'instant je devine.

Etang des Salles en Ste Brigitte: mars 2018
Je revois les éclats de jours ensoleillés
D'un temps déjà si loin d'un étonnant mirage
Epidermes velours sous un ciel sans nuages
Et suave parfum de ces roses pourprées
Au ballet de nos ombres près d'un château ruiné!

Le soleil à nouveau colore le paysage
Illuminant le port des départs pour Cythère!
En passant sur les landes j'interroge le mystère
Et le charme discret de ces gorges sauvages.
Dans un vol de corbeaux passe un curieux présage...
Je m'égare en rêvant sur les anciens chemins
Où le vent désormais anime le silence.
Par ce nouveau printemps qui ramène à l'enfance
Je regarde les roses pousser en mon jardin.



Photo: affleurement de schistes de l' Ordovicien à andalousite, redressés, sur les bords de l'étang des Salles, rive de Sainte Brigitte (domaine privé).

jeudi 12 avril 2018

Patrimoine de Caurel, Côtes d'Armor

Statuaire ancienne de Caurel (22)

La commune de Caurel possède un patrimoine intéressant et aussi original que rare si l'on parle du  "mell beniget" ou "mel zantel" qui a fait l'objet de nombreux écrits. J'y reviendrai en traitant ce thème, sujet à nombreux débats! Dans la statuaire ancienne de son église paroissiale, il est possible de voir des statues de facture locale dont certaines sont du XVe, début XVIe siècle.
C'est le cas de cette Sainte Marguerite sortant du dragon qui représente satan ou le mal absolu! L'artiste s'est donné du mal pour sculpter un animal improbable et surtout non assimilable à un quelconque animal de la "création"... Nous sommes ici avant le concile de Trente et le sculpteur a les coudées franches pour réaliser son oeuvre. Cette oeuvre originale est faite dans un tronc d'arbre et constitue un monobloc qui, étonnamment, n'a pas fendu! On observe également l'utilisation curieuse des pigments: Marguerite en robe rouge (des martyres) entrant dans la gueule du monstre et sortant triomphalement en bleu, la couleur de la vierge!

La photo suivante est une autre version qui se trouve dans la chapelle de Rosquelfen en Laniscat cette fois et qui est de même époque (XVIe).




Dans la statue de Rosquelfen, les proportions sont inversées: la sainte couronnée (également en bleu) domine le dragon par sa taille. Ici, le dragon, animal tout aussi improbable qu'à Caurel est beaucoup moins terrifiant! Sa dentition fait penser à un animal du monde actuel de Walt Disney et son air soumis démontre la victoire éclatante de Marguerite sur le mal!
Sainte Marguerite est invoquée pour la protection des femmes enceintes ce qui explique sa représentation très fréquente dans la statuaire bretonne rurale. La mortalité infantile (enfants mort-nés, difficultés d'accouchement avec également mortalité maternelle...) a en effet été pendant longtemps un fléau redouté des familles.

vendredi 6 avril 2018

Poème

L'hiver encore

Ciel noir tourmenté
A mourir d'ennui
Un voile de pluie
Couvre la vallée

Je songe à l'hiver
Et à ses tempêtes
Leur souffle d'enfer
Le vent sur les crêtes
19 novembre 2017, côte du Morbihan. Photo "Le Télégramme"

Au Sud l'océan
Relance un assaut
Et noie sous les eaux
De sombres brisants

Le sol gorgé d'eau
Mon Dieu qu'il a plu!
Aujourd'hui c'est trop
Mais n'en parlons plus!

L'effet de la pluie
Pénètre les âmes
Savez-vous Madame
La mélancolie?

Le ciel est bien sombre
Le Daoulas torrent
Où passent les ombres
De vieux korrigans

Les choucas s'agitent
Sur des ruines nues
Quand le vent s'est tu
L'averse s'invite!

A quand donc le bleu
Les jours éclairés
Par le désiré
Soleil et ses feux?

mardi 3 avril 2018

Sculptures monumentales de la Vallée des Saints en Carnoet (22)

Les mégalithes contemporains de la Vallée des Saints à Carnoet (22)

Tête de Saint Gonery



La Vallée des Saint en Carnoet (voir articles antérieurs sur ce blog dans la rubrique "sculptures") attend son centième personnage qui doit traverser la Manche, en provenance de Cornouaille britannique. Le site est souvent qualifié aujourd'hui d'Ile de Paques bretonne et cette sculpture semble bien cautionner ce qualificatif. Bloc de granite clair (cliquer sur la photo pour l'agrandir), tête de Saint breton qui semble regarder le visiteur. Dans les brumes hivernales, ces sculptures géantes créent une atmosphère étrange, dans un silence étonnant lorsque les sculpteurs ne sont pas en activité dans la ferme proche et partie intégrante du site.








Au revers de la tête sculptée, l'artiste a poursuivi son oeuvre par ce bas relief étrange et en bas, à droite, le nom gravé du saint en question. Il est donc inéressant de suivre les explications du guide pour comprendre ce que le sculpteur a voulu représenter ici, en lien avec l'histoire légendaire de ce personnage.
Ces statues géantes disséminées autour de la motte féodale "Tossen Sant Gweltas" génèrent une étrange atmosphère dans ce lieu éloigné de tout, en pleine campagne bretonne, et attirent une foule de visiteurs durant toute l'année (plus de 300000 en 2017 selon certains sites qui traitent le sujet).







A proximité de Sant Gonery, ce ruminant d'environ quatre tonnes, garanti mille ans! et qui attend sa patine de lichens...