Libellés

lundi 28 août 2023

Patrimoine de Perret en Côtes d'Armor (Bon Repos-sur-Blavet)

L'église Saint Nicodème de Perret au centre du bourg

Eglise de perret dans son aspect de 1889

 L'église de Perret située au centre du bourg est un monument plutôt modeste avec une nef terminée à l'Est par un chevet à pans coupés et à l'Ouest par un clocher équipé de deux cloches. Les bras Sud et Nord du transept donnent à l'édifice son aspect de croix latine et un porche devant l'entrée latérale Sud de la nef termine la façade .

Cette église est d'abord tréviale jusqu'en 1802, Perret est  en effet une trève de Silfiac. Avant la Révolution elle dépendait donc de l'Evêché de Vannes (comme Plélauff), mais le rattachement de la commune au département des Côtes-du-Nord la met après 1802 dans le Doyenné de Gouarec.

Chapelle des Fonts baptismaux de 1758
C'est en 1758 que le transept et la chapelle des Fonts sont ajoutés à la nef et cette date apparaît souvent comme celle de l'église entière alors qu'il ne s'agit que d'une étape de son agrandissement.
Le chevet à pans coupés et le porche d'entrée Sud ont été rajoutés dans la période 1840-1849. La date de 1840 figure sur une pierre du mur Sud de la nef et marque le début d'une période de travaux. La tour-clocher est datée de 1666 mais elle est totalement remaniée entre 1885 et 1889 par un entrepreneur de Saint Nicolas-du-Pélem (Henry Raoul) sur les plans de Mr Lemoussu de St Brieuc.
Un archéologue bien connu dans la région, Charles de Keranflec'h Kernezne indique que cette église serait construite sur l'emplacement du monastère de Saint Ducocan qui dépendait de l'abbaye Saint Sauveur de Redon au IXe siècle. Plusieurs arguments concordants sont avancés et donnent une crédibilité à cette hypothèse. Dans cette hypothèse, retenons que l'emplacement de ce monument est central par rapport au tracé de bornage réalisé par le roi Salomon en juillet 871 (Cartulaire de Redon), que le vicomte de Rohan qui possède dès le XIIe siècle un château près de l'étang des Salles, dispense de la corvée de garde du château les gens qui dépendent de Saint Sauveur de Redon à Penret, ce qui signifie qu'après la destruction du monastère par les Normands en 907, il demeurait encore une possession des moines à cet endroit (le futur Perret au XVIe).
Denier de billon attribué à Conan II: Bretagne
Enfin, de Keranflec'h Kernezne note la présence d'un trésor de plusieurs centaines de deniers de billon, découvert par le fossoyeur de Perret près de la face Sud du clocher, vers le milieu du XIXe siècle, deniers attribués à Conan Iier. La présence d'un tel trésor à cet endroit signe selon lui, l'existence d'un édifice important et sans doute le fameux monastère.
Retenons à propos de l'enclos paroissial que les deux ifs encore dans l'enclos sont réputés avoir plus de six siècles, c'est-à-dire dater de l'édifice du XIVe siècle! La translation du cimetière de l'enclos vers l'emplacement actuel derrière le presbytère est décidé en 1927 et réalisé entre 1930 et 1952.(archives mairie de Perret).
Sources: Cartulaire de Redon, notice n°247, P354. Joseph-Marie Le Mené 1891 sur le patrimoine de Perret. "Comptes-rendus: Procès Verbaux et mémoires" internet archives. Recherches archéologiques dans l'enclos paroissial de Perret: C. de Keranflec'h Kernezne, Bulletin de l'Association Bretonne, Gallica (1891?)


lundi 14 août 2023

Patrimoine de Rosquelfen en Laniscat, Bon Repos-sur-Blavet, Côtes d'Armor

Les moulins de la vallée du Liscuis à Rosquelfen

La vallée du Liscuis constitue une saignée dans les roches schisteuses qui bordent la vallée du Blavet entre Gouarec et Bon Repos (sur Saint Gelven), et pour faire cette vallée encaissée, il a fallu un ruisseau particulièrement énergique, d'où son nom: le liscuis, du breton "diskuiz" qui signifie en français: "sans fatigue"! Et en effet, ce ruisseau est réputé pour son débit constant, au point d'héberger sur son lit, pas moins de trois moulins sur moins d'un kilomètre!

Pignon d'un moulin ruiné: août 2023
Le moulin central dans le dispositif hydraulique implanté sur ce cours d'eau a été le dernier a fonctionner (jusque la dernière guerre) et s'est trouvé définitivement ruiné par la chute d'un arbre en plein milieu de la toiture, éventrant également la façade côté rivière.
Le moulin positionné le plus bas dans la vallée a été démonté au moment du percement du canal de Nantes à Brest. Il se trouvait à la jonction du Liscuis et du Blavet à l'emplacement de la route actuelle de Gouarec à Bon Repos.
Le moulin le plus haut dans la vallée a été partiellement démonté pour construire une maison au Poteau, quartier en sortie de Gouarec vers Laniscat.(années 1970-80)
Emplacements de deux roues à aubes 
sur le même canal fonctionnant
simultanément




La façade porteuse des roues à aubes sur ce même bâtiment  est percée par deux trous à section carrée qui contenaient les axes des roues à aubes. Sur ce moulin, deux roues pouvaient donc fonctionner simultanément et donc deux meules.

Restes d'un axe de roue, moulin du haut





Le moulin situé le plus haut se trouve à proximité de la fontaine et proche du tracé de l'ancien chemin d'accès. L'axe de la roue à aubes est encore dans son emplacement et l'arrivée d'eau par une chute ou déversoir est également parfaitement visible. La distance entre les deux moulins est d'à peine 50 mètres environ. Ils sont alimentés par un bief unique partant d'une retenue d'eau en amont  et dont le mur-barrage est encore visible. Le bief se divise en deux déversoirs alimentant chacun des moulins.

Restes de la meule courante
dite: à carreaux cerclés
Dans le moulin le plus haut sur le Liscuis, on peut voir encore les restes de le meule courante cerclée dont la partie centrale percée est très probablement une granodiorite (de Plélauff). Les carreaux cerclés sont du silex molaire ou meulier, très dur et creusé d'alvéoles. Ces pierres en silex alvéolé sont d'une abrasivité exceptionnelle et sont remplaçables dans la meule. Elles sont préférées aux meules monolithes comme celles en granite du Guilvinec, concurrencées par ces silex meuliers de Cinq-Mars-la-Pile en Touraine qui sont commercialisés dans l'ouest depuis Henry IV et le seront ensuite par le canal jusqu'à la fin des moulins à eau. L'avantage de ces silex était de ne laisser aucune trace minérale dans la farine ce qui n'était pas le cas des meules monolithes en granite qui pouvaient disséminer des micrograins de quartz dans la farine, un abrasif pour la dentition, peu apprécié et qui nécessitait du tamisage fin. Lorsque tous les moulins fonctionnaient, les deux du haut devaient épuiser leur réserve d'eau disponible avant que celui du bas puisse fonctionner à son tour et sa propre réserve d'eau devait se situer au bas de la vallée. La mise en place de la route et du chemin de fer en même temps que la mise en canal du Blavet ont effacé ce dispositif. Enfin, au niveau de l'ancienne voie romaine, l'endroit dit: Le Lenn était un étang et même une" pêcherie" à l'époque des seigneurs de Guernarpin, les bienfaiteurs de la chapelle de Rosquelfen au XVe siècle.


samedi 12 août 2023

Poème

Romance inachevée

Un été singulier

Les landes fréquentées

Par de nombreux humains

Charme défunt!


Où donc est la saison

Modulant tous les sons

Qui hantent ma mémoire

Quand vient le soir?


Un temps libre et heureux,

Insouciant d'amoureux

Mais hélas disparu

T'en souviens-tu?



Je rêve tout éveillé

D'un monde émerveillé

D'instants bénis, divins:

Bonheur sans fin


Un autre temps s'avance

De romance à démence

Le monde devenu fou,

Pauvres de nous!


Si la vie passe et courre,

Je me souviens toujours 

D'une éphémère romance,

Et belle transe,


D'automne enluminé

Aux landes désertées

Dans les sentes rocheuses

Et silencieuses.


mercredi 9 août 2023

 propos du château des Salles sur la commune de Sainte Brigitte , Morbihan

Le château des Salles de "Penret" sur la commune de Sainte Brigitte (56)

Ce château totalement ruiné aujourd'hui a été l'un des premiers châteaux des vicomtes de Rohan et un lieu fort du protestantisme de ce pays nommé le "pays noir" bien après les troubles des guerres de la Ligue.

Ruines côté nord vers 2000

C'est Alain premier de Rohan qui reconstruit ce château dans la première chatellenie de Gouarec, sur le lieu d'un édifice antérieur et dès 1125, un document d'archive mentionne un "accord aux hommes de l'abbaye de Redon demeurant à Penret (Perret aujourd'hui) l'exemption de l'obligation qu'ils devaient de garder le château avec les autres vassaux". Ce document permet de confirmer que le monastère de Saint Ducocan (voir le cartulaire de Redon du IXe siècle) était bien sur Perret.

Alain Iier agrandit le château en 1128. Il sera transformé au XIVe et début XVe. L'enceinte quadrangulaire flanquée de tours date de cette période. En 1184, l'acte de fondation de l'abbaye de Bon Repos aurait été signé par Alain III dans ce château de Penret.

Plan d'ensemble d'après Charles Floquet

Au début XVIe, une tour carrée est rajoutée ainsi qu'une chapelle fortifiée dont on voit les restes à l'angle nord-est (Hervé du Halgouët 1921).

C'est un mémoire du vicomte Jean II de Rohan, daté de 1479 qui explique les raisons du choix de placer des "macles" dans le blason familial en faisant clairement allusion aux andalousites, ces prismes clairs dans les schistes du bord de l'étang des Salles et interprétés à cette époque comme une marque "divine" (petites croix à extrémités noirâtres dans la section du prisme).(Voir article du 16 mai 2018 sur ce blog)

Cet endroit très isolé dans la forêt de Quénécan et au bord du grand étang des Salles va inciter le vicomte Jean II à transformer le château en prison. Il y enferme sa soeur Catherine de Rohan qui avait épousé René de Keradreux contre son gré (il le fait assassiner à Josselin en novembre 1479:C.Floquet). Il enferme également sa propre fille, Anne de Rohan qui voulait épouser le bâtard de la Maison de Gonzague, ce qui ne rentrait pas dans les plans du vicomte!

Restes de la tour nord-est en 2010
En 1511, un "aveu" signé par Jean II (le 28e jour de janvier) confirme et augmente la fondation de l'höpital de Landerneau et en 1542, Louis de Rohan-Guémené rédige son testament au château des Salles.
En 1629 réside encore au château le maître des Forges de Rohan, le protestant Geoffroy Fineman (ou Finemont) d'Angecourt (ou d'Anchecourt). Mais cette période correspond à la saisie des biens d'Henri de Rohan, protestant entré en rebellion contre le roi de France. Il n'obtient la grâce royale que le 27 juin 1629 date à laquelle il récupère son château (ses bien avaient été saisis au profit du prince de Condé).
Façade sur la cour d'honneur en 1970

En 1667, le château est habité par les Rohan-Rohan, la branche aînée de la famille. Puis en 1779, à quelques années de la Révolution, le château est déjà  partiellement en ruines (Ogée).
Le 25 août 1802, le château est vendu comme l'ensemble de Quénécan au comte de Janzé qui fait construire en 1816, les Forges des salles dont les vestiges sont aujourd'hui visitables dans le village des Forges, à cheval sur le Morbihan et les Côtes d'Armor.
NB: sources:Association des amis du protestantisme en Bretagne centrale.
Charles Floquet: "Les Salles de Perret"140p.1984
Hervé de Halgouët: "La Vicomté de Rohan et ses seigneurs" Campion, Paris 1921.


jeudi 3 août 2023

Réflexions d'un jour d'août

Les gens d'ici

Les gens d'ici regardent changer le climat et passer les touristes

Ils ne rêvent plus de la capitale...

Les gens d'ici affichent une réserve apparente

bien souvent prise pour de la froideur.

S'agit-il de timidité intérieure comme le dit Ernest Renan?

"Une timidité qui leur fait croire qu'un sentiment perd la moitié de sa valeur quand il est exprimé,

et que le coeur ne doit avoir d'autre spectateur  que lui-même"...

Bien des gens d'ici se retrouvent encore dans une danse de 

l'ancien "pays" de leurs parents et à nouveau s'affirme cette rigueur d'un rituel

totalement étranger à tout débordement.

Ici, l'expression mesurée d'un rite ancien fait fusionner les gens

dans la ronde fermée où tout se passe à l'intérieur du cercle.

Il fait barrière au monde extérieur et la symbiose du "kan-ha-diskan" et de la danse diffuse 

sa précieuse thérapie restée depuis des temps anciens le trésor des pauvres qui les maintient debout.

Le pays imprime sa marque, sa nature, sa rigueur, sa douceur et sa force

 aux gens d'ici...

mercredi 26 juillet 2023

Dans l'église de Gouarec, Côtes d'Armor

 propos d'un tableau sur un pilier de la nef dans l'église N.D. de la Fosse à Gouarec

La Trinité de l'Ancien Testament. A.Roublev
Sur le premier pilier sud de la nef en partant du choeur, le regard est attiré par un tableau  dont le style "Byzantin" saute aux yeux malgré l'absence d'éclairage orienté sur l'oeuvre accrochée (depuis quand?) à cet endroit.

La peinture byzantine est le renouveau pictural qui s'instaure à la fin du IXe siècle dans l'empire romain d'Orient qui va disparaître en 1454 par la prise de Constantinople par les Ottomans.

Ce tableau est une image sur bois reproduisant à l'échelle d'environ 1/2 l'oeuvre à la Tempera* sur bois de 142 x 114cm d'Andreï Roublev: "La Trinité de l'Ancien Testament" exécutée en 1410 et conservée à la Galerie Tretiakov de Moscou.

Cet art byzantin est une synthèse stylistique de l'art grec et de l'art romain avec une thématique chétienne.

Mais d'où vient cette reproduction dans l'église de Gouarec?

Blason de l'abbaye de Timadeuc (56)
Il faut retourner le tableau pour le découvrir. Ce tableau provient de l'abbaye de Timadeuc dans le Morbihan: blason de gueules à trois molettes d'argent posées deux en chef et une en pointe (à la crosse traversant) et devise: "espoir en Dieu".
Dans quelle circonstance l'abbaye de Timadeuc a été amenée à faire ce qu'on peut imaginer être un don à l'église ou plus précisément à Notre Dame de la Fosse? Ou quel paroissien ou donateur a pu offrir cette oeuvre acquise à Timadeuc? La question est posée et pour le moment sans réponse.
*Tempera = technique de peinture par mélange de pigments colorés avec une émulsion composée habituellement de jaune d'oeuf.


 

lundi 24 juillet 2023

Menhirs de Cléguérec, Morbihan

Les menhirs de Quénécan, aux confins de Cléguérec, de Sainte Brigitte et de Saint Aignan, Morbihan

Bugul er hoët ou le Berger de la Madeleine
Sur les hauteurs du Breuil du chêne, la partie la plus au nord et la plus boisée aussi de Cléguérec, sont plantés plusieurs menhirs aux formes caractéristiques (prismes rectangulaires issus des formations qui affleurent sur place). Le plus grand d'entre eux est un prisme élégant (photo) et brut de 4m50 de hauteur au dessus du sol. Sa fosse de calage est bien visible sur son côté nord et la partie enterrée est estimée à près d'un mètre ce qui fait un monolithe de 5m50 de longueur totale. Sachant qu'il fait entre 50 et 60 cm d'épaisseur pour une largeur d'1m, son poids se situe entre 7 et 10 tonnes (densité moyenne de la roche = 2,68). Ce menhir est nommé en breton  "Bugul er hoët" ce qui signifie en français "le berger du bois", mais dans la version française, son nom est plus précisément "le berger de la Madeleine". Pourquoi cette précision "madeleine"?? nous n'avons pas encore éclairci ce point.

Flanc ouest du Bugul er hoët


Ce menhir est donc prélevé sur place dans un secteur qui correspond à l'axe du synclinal  faisant le relief de la partie sud de la forêt de Quénécan. Dans ce secteur au coeur du "pays noir", on peut voir de nombreux blocs identiques à ce menhir, basculés les uns sur les autres et formant un véritable mur de défense dit du Breuil du chêne, un endroit riche en histoires étonnantes où apparaissent: les derniers loups de Quénécan, les déserteurs de l'armée impériale, les chouans de Debar, les charbonniers,ces hommes échappant par leur mobilité permanente dans les massifs forestiers, aux autorités religieuses et à l'influence de la religion dominante. Le "pays noir" est aussi celui des protestants sous protection des ducs de Rohan et plutôt réfractaires à l'ordre religieux établi dans la province.

Petit menhir à 50m du Bugul er hoët

 

La nature pétrographique de cette roche est un quartzite phylliteux gris vert dans lequel une orientation des minéraux est parfaitement visible. Il s'agit d'une roche métamorphique du Trémadocien, le début de l'Ordovicien inférieur (environ 480 Ma). Cette formation est suivie de l'Arénigien et donc de grès armoricains qui n'ont pas le même aspect (bancs massifs bien visibles sur le Lande de Courses et le bois du Fao plus au nord du massif de Quénécan.

La dernière vue montre un petit menhir (moins d'un mètre) qui se situe à quelques dizaines de mètres du grand menhir et implanté vers l'est. Ces pierres ne sont sur aucun chemin balisé et dans une propriété privée. Aucun d'entre eux n'a été christianisé. Si on y ajoute les allées couvertes réparties autour de ce relief du Breuil du chêne on peut conclure sans se tromper que cet endroit était bien fréquenté dès l'époque néolithique, la grande période du mégalithisme (de -5000 à -2000 avant notre ère).

vendredi 21 juillet 2023

Anciens travaux miniers sur Rosquelfen en Laniscat, Bon Repos-sur-Blavet (22)

Anciens vestiges de travaux miniers sur le fer à Rosquelfen

 rouge vif: anc.galerie de mine

 Lorsque vous sortez de Gouarec et prenez la route vers Bon Repos, à la sortie du premier grand virage à gauche, vous avez une petite route qui monte en lacets au village de Rosquelfen. Â quelques dizaines de mètres de cet embranchement, sur la gauche de la route (ancienne Nationale164 bis), vous apercevez une excavation dans le talus et qui se prolonge sous les bois (propriété privée interdite d'accès).

Cette excavation correspond à l'entrée d'une galerie souterraine qui s'enfonce dans la colline de Rosquelfen et ici dans les schistes du dévonien moyen à supérieur (de l'Eifelien: environ 380 Ma au Frasnien: 375Ma). Cette galerie fait suite à une exploration de surface qui met en évidence des roches ferrugineuses à oxydes et hydroxydes de fer dont de la limonite ocre vive et facilement détectable dans l'ensemble des schistes gris-bleutés de cette colline qui est aussi le versant nord en rive gauche du Blavet canalisé.

Les anciens du village parlaient de "la mine de fer" en faisant allusion à ces travaux qui se sont déroulés entre 1912 et 1914.

Coupe des travaux miniers par SMQ*

La première galerie horizontale nord-sud fait environ 90m de longueur. Un puits vertical de 14m de profondeur et à environ 65m de l'entrée de cette galerie, donne accès à une seconde galerie parallèle à la première. Le recoupement des formations géologiques à 14m d'intervalle permet de préciser l'orientation  des couches qui ici, sont décalées en surface. Ces travaux ont permis de découvrir une formation carbonatée (CaCO3) assez comparable à celle de  Cartravers qui servait de castine au haut-fourneau des Forges des Salles (Sainte Brigitte et Perret)au XIXe siècle. Le minerai ici est composé de sidérose ou sidérite qui est un carbonate de fer (FeCO3) avec des traces de manganèse, magnésium et calcium. Ce type de minerai à teneur en fer comprise entre 30 et 37% nécessitait l'emploi de températures élevées (les 1600° du haut-fourneau)lors du traitement. C'est le déclenchement de la guerre qui mettra fin aux activités de recherches dans ce secteur où il reste encore de nombreuses excavations qui témoignent de l'ancien passé industriel des Forges des Salles qu'il fallait alimenter en minerai de fer.

NB:*Société Minière de Quénécan

samedi 15 juillet 2023

Patrimoine de Gouarec en Côtes d'Armor

En passant par Gouarec, en limite de Plouguernevel, un "bornage" de 1717

On sait depuis longtemps, du moins les anciens gouarécains, que cette commune, ancienne trève de Plouguernevel ne dispose que de peu d'espace, et il faut entendre par ce terme, la surface totale de la commune. Ainsi du côté Est, l'ancien hotel du Blavet est en Laniscat, tout comme la gare et tout ce qui se trouve en rive gauche du Blavet qui fait la limite de la commune. De même au Sud, le Doré fait la limte avec la commune de Plélauff, ce qui met l'écluse du canal dans Plélauff comme tout le "Bout-du-Pont" où nous trouvons des commerces (restaurants) et le manoir de La Villeneuve.

calvaire en granodiorite daté de 1717

Côté Ouest, entre Kerlaurent en Gouarec et Kermarec en Plouguernevel, passe la limite entre les deux communes, et à l'angle Sud-Ouest de cette limite qui correspond à un carrefour de petites routes dont l'une est tout juste empierrée, le passant découvre ce calvaire daté de 1717 qui constitue une sorte de marqueur de propriété. S'agit-il d'une limite de terre noble comme à Keriolet en Laniscat (voir article sur ce blog) et ici, il pourrait s'agir de Le Launay ou voir même Kerlaurent qui possède encore une allure de petit manoir.

Le calvaire est en partie recouvert de lierre et de ronces et présente une hampe et une croix assez singulières. En effet, le fût de la croix est légèrement courbe dans sa partie haute et la croix est formée par une pièce  horizontale quasi cylindrique "encochée" dans le fût de cette croix. La date de 1717 est gravée sur le socle en granodiorite et c'est donc sous le règne du roi Louis XV que ce calvaire a été érigé. La taille très réduite de la commune de Gouarec a sans doute justifié l'octroi de terres sur la Lande qui va se nommer "Lande de Gouarec". Aujourd'hui, la Lande de Gouarec se trouve en Plélauff.

NB: un papier de Pierre Le Dour mentionne la date de 1793 pour la cession de la Lande à la ville de Gouarec. La Lande de Gouarec compte environ 8 maisons en 1835 et près de 100 en 1911. La terre est alors soumise à une redevance car à cette époque le sous-sol est propriété de la censive (terre soumise à redevance annuelle), une situation qui disparaît vers 1960 (Pierre Le Dour). Aujourd'hui le sous sol appartient sur tout le territoire national à l'Etat qui autorise ou non l'exploitation du sous sol, y compris pour les captages d'eau.

dimanche 9 juillet 2023

Exposition dans la chapelle de Rosquelfen (suite)

Visite de la chapelle de Rosquelfen en Laniscat du 6 au 13 juillet

Sur le thème de l'eau... A.Jézéquel

 Dans le transept de la chapelle, des oeuvres au pastel ou aussi à l'acrylique

Photographies. P.Johnson






Flots de Marcel Louargant






Dans la nef, côté choeur, les tableaux de Marcel Louargant de Saint Gelven

Dans la nef, côté clocher: Sylviane Aymé
Et dans la nef, côté clocher, les oeuvres de Sylviane Aymé. Cette artiste est aussi à l'origine des "Noces de Chypre" qui débutent aujourd'hui 9 juillet dans la chapelle de Gwirmane en Perret (animation prévue également à partir de 14h30.
Toutes ces initiatives permettent de maintenir ces édifices historiques ouverts et donc visitables.
Pour Rosquelfen, la chapelle est ouverte le matin de 10 à 12h et l'après-midi de 14 à 18h. N'hésitez pas à venir faire un tour, l'entrée est libre et vous pouvez participer à une tombola si vous le désirez qui vous permet peut-être de gagner un des tableaux en exposition (Coat Natous: pastel sur carton de A. Jézéquel)


jeudi 6 juillet 2023

Animations en chapelle de Rosquelfen, Bon Repos-sur-Blavet, Côtes d'Armor

Exposition de peintures dans la chapelle de Rosquelfen

Bay; bodies of water.P.Johnson
Cette exposition par quatre artistes de la commune: Annie Jézéquel de Laniscat, Sylviane Aymé et Peter Johnson de Perret et Marcel Louargant de Saint Gelven a débuté le 6 juillet et se déroule jusqu'au 13 inclus. Un vernissage  s'est déroulé le 6 en soirée. La chapelle est ouverte de 10h à midi et de 14h à 18h.

Une tombola est également organisée pour gagner un tableau: Coat Natous (écluse sur le canal de Nantes à Brest), pastel sur carton d'Annie Jézéquel.

Coat Natous.A.Jézéquel
Les quatre artistes ont occupé l'espace dans la chapelle tout en permettant la visite de celle-ci et de son mobilier interne dont le retable (ancien Jubé de la chapelle) situé contre le mur Est du transept.(classé en août 1964).
Le thème de cette exposition est l'eau, source de la vie et devenue un élément majeur de notre temps!


Soir à Paimpol.M.Louargant






Poissons prisonniers. Sylviane Aymé

jeudi 29 juin 2023

Patrimoine de Plélauff en Côtes d'Armor

Saint Melaine à Plélauff, entre histoire et légende...

Il existe sur la commune de Plélauff et dans la mémoire des anciens et de ceux qui s'intéressent au patrimoine et à la tradition orale du pays, des éléments (ruines, statues, pierres gravées, récits et traditions autour des fontaines...) qui concernent Saint Melaine. En se rendant vers le village de Kernabat (le village de l'abbé), on peut encore voir sur le pignon d'une ancienne maison en pierre locale (granodiorite de Plélauff) une niche bordée par un texte et une statue considérée comme celle du saint en question.

Saint Melaine à Kernabat (?)

Une date gravée (1670) situe ce travail dans le temps et indique le nom de celui qui "FAIT FAIRE", gravé en bas-relief dans la pierre. La statue est très dégradée et était probablement polychrome à l'origine.

Statue dans un grès altéré (?)




Cette statue pourrait bien être réalisée dans un grès fin qui reste à identifier, et pour  confirmer sa nature et son origine, il faudrait pouvoir l'étudier de plus près. S'agit-il vraiment de Saint Melaine comme le certifie la tradition orale? Je constate qu'il est alors , s'il s'agit bien de ce personnage, représenté sans sa mitre d'évêque, ce qui est fort rare. Ce qui fait consensus à propos de Saint Melaine est qu'il était bien évêque de Rennes au VIe siècle et que sa présence est attestée au concile d'Orléans en 511. Il succède à Armandus comme évêque de Rennes en 491 ou 500. Pour le reste, sa date et son lieu de naissance étaient  l'objet de débats  sans fin. Rien qu'en Bretagne, Plélauff n'est pas la seule paroisse ancienne à revendiquer la naissance du saint sur son territoire (il ya Brain-sur-Vilaine (35)notamment et Plufur(22).

Oratoire Saint Melaine près du Crénard
La chapelle Saint Melaine (XVIIe) n'existe plus aujourd'hui et a été remplacée par un "oratoire" qui disparaît complètement sous un massif de lierre, à proximité de Kernabat, dans la vallée du Crénard. Un recteur de Plélauff (Marion) érige ce petit pavillon en forme de chapelle sur les ruines de l'ancienne (XIXe) et une fontaine existait un peu plus bas, dont l'eau "trouble" (selon la tradition) guérissait toutes les fièvres et voyait passer des foules considérables, au temps de la chapelle.
Voûte de l'oratoire en 2023







La toiture est en passe de s'effondrer et l'oratoire est désormais ruiné. Il contenait une statue en pierre de Saint Melaine, aujourd'hui disparue.

Fenêtre en plein cintre de l'oratoire


Ce lieu est à proximité du moulin de Rohan et se trouve sur un domaine privé. Il n'est donc plus visitable, les murs menaçant de s'effondrer à tout moment.

Saint Melaine dans l'église St Pierre

Dans l'église paroissiale on peut voir une statue polychrome de Saint Melaine et cette fois en tenue d'évêque mais sans sa main gauche qui tenait la crosse épiscopale, un des attributs caractéristiques des évêques. Cette statue est considérée comme du XVIIe siècle.

Voir pour informations complémentaires sur Saint Melaine qui pour les plélauffiens est né sur leur paroisse, et au château de Coatrivalan aujourd'hui disparu (ses pierres ont  servi à construire la chapelle N.D de la Croix), ce que dit  infobretagne, patrimoine de Plélauff ou "contes-mythes-légendes.com" ou encore les écrits de Mr Maheo en 1839 dans "Mémoires de la Société d'Emulation des Côtes-du-Nord en 1979.

Remerciements à Pierre Le Dour, guide de la sortie du 28 juin 2023.

mercredi 21 juin 2023

Chapelle de Rosquelfen en Laniscat, Bon Repos-sur-Blavet, Côtes d'Armor

Animations de l'été à la chapelle de Rosquelfen en Laniscat

Flyer: synthèse des animations 2023

 Comme chaque année à Rosquelfen, les animations débutent par le pardon de la chapelle qui se déroule toujours le premier dimanche de juillet.

Cette année, ce sera le 2 juillet et il sera présidé par l'évêque du diocèse de Saint Brieuc et Tréguier: Mgr Moutel. Ce 2 juillet après la cérémonie religieuse, un pot de l'amitié sera servi au coeur du village à tous les participants  et offert par les "Amis de la chapelle de Rosquelfen".

Un repas sera ensuite servi à la salle des fêtes de Laniscat (12€ de participation par adulte et 6 pour enfant). Le repas peut également être emporté.

Un rappel: le livre sur la chapelle est également en vente (15€) au profit de la chapelle dont la restauration n'est pas totalement achevée à ce jour (voûte de la nef du transept, retable du maître-autel...


mardi 13 juin 2023

Abbaye cistercienne de Bon-Repos en Saint Gelven: Bon Repos-sur-Blavet, Côtes d'Armor

Faluns coquilliers à Bon Repos pour les oculus de la façade des bâtiments de ferme à l’entrée de l’abbaye.

Les pierres de couleur ocre-jaune qui constituent les entourages de certains oculus des bâtiments annexes de l’abbaye de Bon Repos, et que l’on trouve également dans les murs du logis abbatial du XVIIIe siècle sont des "Faluns coquilliers" du Miocène qui proviennent du Nord-Est du département des Côtes d’Armor, région de Tréfumel.

Un falun est une roche sédimentaire de formation organo-détritique déposée en mer peu profonde, composée de très nombreux débris coquilliers bien cimentés par une matrice sableuse et argilo - sableuse. Par consolidation, l’ensemble devient un grès incluant des débris calcaires ou un calcaire détritique. Ce calcaire d’accumulation est une roche biodétritique.

Bâtiments annexes avec oculus en calcaire du Quiou

Le calcaire du Quiou est une roche du Miocène  (-20 à -5 millions d’années) formée par sédimentation dans la mer des Faluns qui faisait de l'Ouest de cette région une île en la séparant du reste du continent.

Le calcaire du Quiou est appelé : faluns de Tréfumel. Les sites d'extractions se situaient principalement entre les bourgs du Quiou et de Tréfumel (Côtes d’Armor). 

Le calcaire du Quiou a été utilisé depuis 2000 ans comme pierre à bâtir. Ses teintes sont variées : beige, ocre-jaune, blanc-gris. Il est habituellement d'une densité moyenne en raison de petites alvéoles. La pierre utilisée à Bon Repos est ocre-jaune à lits d’hydroxydes de fer qui lui donnent un aspect « pierre de Logonna » (qui est une diorite quartzique).

Ces pierres sont donc situées au Nord-Est du département des Côtes d’Armor et ont été utilisées dans de nombreux édifices religieux ou profanes, du fait de la grande facilité de taille. Le site d’extraction de cette roche se trouve à 100kms de l’abbaye de Bon Repos et à 40kms de l'abbaye de Boquen.

Mais pourquoi cette pierre inconnue dans le pays vient-elle concurrencer les différents granites (de Rostrenen, de Pontivy ou de Quintin) ou les différents types de schistes: ardoisiers et/ou mordorés du Liscuis, à Andalousite de Quénécan ou du bois de Cavarn, des Salles, ou encore la très belle pierre bleue de Boduic?

Vue côté intérieur d'un oculus
 Elles ont sans doute été préférées au granite local pour leur grande facilité de mise en œuvre et pourraient avoir été utilisées à la même période que celle des grands travaux de l’Abbé de Montault, Saint Genies, Navaille, c’est-à-dire au début du XVIIIe siècle. Simple hypothèse car en faisant le tour des ruines de l'abbaye, on observe cette pierre calcaire parfois isolée dans un mur réputé beaucoup plus ancien.

Le fait qui interroge l'observateur attentif au bâti est la grande diversité des roches utilisées dans les parements d'ouvertures comme le montre la dernière vue, donnant l'impression d'une utilisation "opportuniste" d'un stock de blocs taillés disponibles. Cet usage que l'on ne trouve sur le site de Bon Repos que dans les bâtiments annexes a-t-il bénéficié de l'activité nouvelle générée par le canal devenu opérationnel depuis janvier 1842?

Si c'était le cas, cet apport serait donc plus tardif qu'imaginé, mais là encore, aucune datation possible sauf à retrouver les plans des bâtiments et les dates de construction et modifications , un sujet à suivre...


Sources: Mer des Faluns (Wikipedia)
Document à destination des occupants des bâtiments annexes (famille Pochon)
"Aperçu lithologique des dépendances et annexes de l'abbaye de Bon Repos", 15 février 2021, Pierre Jézéquel (10 pages, 12 illustrations).
Remerciements à Pierre et Thierry Pochon pour leur accueil et leur disponibilité en 2021.




jeudi 8 juin 2023

Poème

Méditation sous voûtes sombres

Dans l'écrin ruiné aux vieilles pierres

les âmes errantes s'agitent depuis longtemps.

anc.carte postale; ruines abbatiale
de Bon Repos, St Gelven.

 D'amnésies périodiques en soudaines émersions,

elles instruisent un dialogue étrange

né d'un printemps adolescent,

celui du tempo beaucoup plus lent d'autrefois...

Je contemple les vénérables voûtes

et les vieux murs de cet ouvrage.

J'aime son silence et sa force

qui me pénètrent et me surprennent.

La voix d'outre tombe d'une âme esseulée

dans ce décor minéral, ne craignant pas l'abîme,

exprime l'impatience de n'avoir en réponse aux rêves

qu'un silence de ruines empesées d'Histoire.

Le vivant peut-il respirer

dans un temporel monastique déchu?

vestige XIVe, abbatiale de Bon Repos
Dans la trouée des voûtes sombres

une troupe de choucas ramène soudain la vie

m'indiquant d'autres murailles à abattre,

celles qui retiennent prisonnières

 les elfes et les fées de l'enfance.

Avec l'arme d'un poème en ultime tentative,

petite lumière d'un rêve inachevé,

repousser pour un temps

l'inexorable avancée des ténèbres...

St Gelven. Bon Repos-sur-Blavet